MR3D0CE
Il ne tient qu'à vous, don Alvar.
Isabelle, à part.
Que ne puis-je appeler du secours !
Ib se battent.
On frappe à la porte.
DON ALVAR
On frappe!
MENDOCE
Que foire?
DON ALVAR
Que l'un de nous tue l'autre; le survivant ouvrira.
MENDOCE
C'est bien dit.
ISABELLE
Et moi, je vais ouvrir pour qu'on entre.
MENDOCE
N'ouvrez pas 1
DON ALVÀR.
N'ouvrez pas!
Isabelle ouvre.
Entrent LE CORRÉGIDOR et DON FERNAND.
Le Gorrégidor retient Isabelle qui vent sortir.
ISABELLE
Cavaliers, ces deux hommes quVvous voyez là veulent se tuer.
LE CORRÉGIDOR
Restez, madame ; puisqu'ils se battent devant vous, c'est vous, sans doute, qui êtes la cause de leur combat.
Isabelle, à part.
Hélas! en voulant les sauver je me suis perdue!
DON ALVAR
Je ne souffrirai point qu'une dame à qui je dois la vie se trouve dans une position fâcheuse; et, d'ailleurs, if me suffira de dire la
JOURNÉE ï, SCÈNE III. «ff
Térité. l'amour n'était pour rien dans ce duel ; comme parent de don Juan Malec, j'ai voulu le venger.
mbndoce.
Cela est vrai; c'est par hasard que cette dame s'est trouvée chez moi.
LE CORRÉGIDOR
Toute querelle' devant cesser par les arrangemens dont nous sommes convenus, terminons tout cela sans qu'il y ait de sang versé ; une victoire sanglante n'est à désirer pour personne. — Vous pouvez sortir, mesdames.
Isabelle, à part.
C'est le seul événement heureux qui me soit arrivé.
Elle tort avec Inès.
DON FERNAND
Seigneur don Juan de Mendoce, vos parens et les nôtres souhaitent que tout finisse en famille, et qu'une heureuse alliance mette un terme à ees différends. Si vous épousez dona Clara, qui est le phénix de Grenade...
MENDOCE
Pardon, seigneur don Fer n and ; mais je vois beaucoup d'inconvénient à ce que vous proposez. Puisque dona Clara est un phénix, qu'elle demeure en Arabie; dans les montagnes de Castille nous n'avons pas besoin de phénix... Mes parens auraient dû savoir qu'un homme de ma Sorte ne se marie point pour rétablir l'honneur d'autrui, et qu'il ne convient pas de mêler Iè sang des Mendoce à celui des Malec, car ees deux noms réunis ne vont pas bien ensemble.
DON FERNAND
Don Juan Malec est un homme...
MENDOCE
Comme vous.
DON FERNAND
Oui, sans doute, puisque, comme moi, il descend des anciens rois de Grenade; puisque, comme moi, il n'a pour ancêtres que des rois...
MENDOCE
Eh bien l mes aïeux à moi étaient plus que des rois maures, car ils étaient montagnards 1 .
DON ALVAR
Tout ce que dira à cet égard le seigneur don Fernand, je le soutiendrai l'épée à la main.
LE CORREGIDOR
Ici il n'y a plus de magistrat, je redeviens purement cavalier.
1 Après la bataille de Guadalète, après la conquête de l'Espagne par les Arabes, la jeune noblesse espagnole se réfugia dans les montagnes des Astttries, et, sous h conduite de Pébge, commença immédiatement l'œuvre de la délivrance. On comprend la fierté que peut inspirer à Mendoce une semblable origine.
J'étais zuniga en Castille, avant d'être corrégidor à Grenade. Ainsi je dépose le bôton de justice 1 , et désormais, où et quand vous voudrez, vous me trouverez à côté de don Juan.