PREVU* SOLDAT
Il s'agit d'un point douteux sur lequel vous pourriex noua satisfaire mieux que lui.
DON ALYAR.
Je suis flatté que vous désiriez mon avis.
PREMIER SOLDAT
Voici. Jouant pour mon camarade et pour moi, j'ai gagné contre de l'argent ce cupidon de diamans.
don alvar, à part.
Ah ! malheureux 1... Ah ! ma ehère Maléca l.... tes joyaux de noces sont devenus les dépouilles de ta tombe 1... Comment découvrir l'assassin, puisque les indices vont depuis le soldat jusqu'au prince?
PREMIER SOLDAT
Maintenant que nous en sommes à partager le gain, j'ai voulu lui donner ce cupidon pour sa part ; lui, il refuse en disant qu'il ne veut pas de bijoux. N'est-il pas juste cependant que , comme c'est moi qui ai gagné, j'aie quelque préférence dans le partage?
DON ALVAR
Je veux mettre fin à votre discussion, puisque je suis arrivé à temps pour cela, et je vous achète ce joyau au prix pour lequel il a été mis sur ee Jeu; Mais c'est à une condition : c'est que*ous me direz d'abord de qui vous le tenez, afin que j'aie toute sécurité dans mon emplette.
DEtJXrintB SOLDAT.
Tous- les bijoux que nous jouons aujourd'hui peuvent s'acheter sans crainte t ils ont été pris sur oél chiens de Mofisqdes dans le tac de Galère.
nOH ALVAR, 4 fÛTt*
. jfevtHe* grand Dieu 1 ee que je dois entendre et supporter!
ALCOUZCOUZ.
Moi pouvoir pas le tuer!... et même moi pouvoir pas lui répondre.
PREMIER SOLDAT
Je vais vous mettre en rapport avec celui qui Ta eu le premier. A telles enseignes que d'après son dire, il a enlevé ce bijou à une belle Morisque qu'il a tuée dans l'assaut.
DON ALVAR, à p&TU .
Hélas!
PREMIER SOLDAT
Venez ; lui-même va vous conter cette histoire.
don alvar, à part* Je ne lui en donnerai pas le temps. Au premier mot, dès qu'il se sera fait reconnaître, je le trappe de mon poignard.
PREMIER SOLDAT
Marchons.
Arrêtez !
Arriére!
un soldat, du dôkêfêé ON AUTRE soldat.
On «njeiid bb cliquetis d'épéta.
un soldat, du dehors. '<, Je le tuerai, dût le monde entier le défendre !
PREMIER SOLDAT
11 s'est mis du côté de notre adversaire.
DEUXIÈME SOLDAT
Eh bien ! mon cher, tuons-le.
garces, du dehors»
Peu m'importe qu'ils soient tous contre moi ! je puis me défendre contre tous.
' Entrait GARCES «t DES SOLDATS.
DON ALTAR
Quoi! tous contre un !... c'est une lâcheté. Arrêtez-vous, soldats, ou, vive Dieu ! je vous forcerai à vous arrêter !
alcouzcouz, à part.
Le beau voyage!... Ne rien dire et se trouver dans des disputes!
un soldat.
Je suis mort.
Entre DON LOPE DE FIGUEROA. .
DONLOPB.
Quel est donc ce tapage?
un soldat.
Il y a un homme de tué* Fuyons, qu'on ne nous arrête pas.
garces, à don Alvar.
Je tous dois la vie, soldat ; je m'en souviendrai à l'occasion.
IL fort.
don lope, à don Alvar.
Arrêtei I
don alvar.
Je reste.
DON lope.
Donnez vos épées. {A des Soldats.) Désarmez ces deux hommes.
don alvar, à part.
Ah l ciel ! (Haut,) Que votre seigneurie veuille bien remarquer que je n'ai tiré l'épée qu'afin de mettre la paix, et que personnellement je n'étais pour rien dans ia querelle.
DON LOPB.
C'est bien 1 je vous trouve l'épée à la main, et je vois un homme mort. Il suffit.
don alvar, à part
Je n'ai rien à dire pour ma défense. — Se peut-il que lorsque je venais pour tuer un homme, je me sois exposé à ce péril pour sauver la vie à un autre 1
don lope, à Alcouzcouz.
Et vous, vous ne donnez pas votre épée? Ah! vous parlez par signes , c'est bon !... lime semble cependant que je vous ai déjà vu une autre fois, et que cette fois-là vous parliez. Que l'on mette ces deux hommes-là au corps de garde pendant que je poursuis les autres.
ALCOUZCOUZ.
Tout-à-l'heure deux choses affliger moi : la querelle et le silence.
Maintenant, si moi pas me tromper, en voilà trois : la querelle, le
silence, et la prison. *
II» sortent.
Entre DON JUAN D'AUTRICHE.
DON JUAN
Que s'est-il passé, don Lope?
Il y a eu, monseigneur, une querelle dans laquelle un homme a été tué. p
DON JUAN
Si l'on ne punissait pas les délits de cette espèce, on verrait chaque jour mille meurtres. Il faut cependant que notre justice ne soit pas trop sévère.
Entre DON JUAN DE MENDOCE.
MBNDOCE.
Je baise les pieds de votre altesse.
DON JUAN. '
Eh bien 1 Mendooe, quelle nouvelle ?... Que répond Aben-Huméya ?
MBNDOCE.
Arrivé devant Berja, j'ai fait sonner un appel de trompettes. A ce signal un drapeau blanc a été déployé ; Ton m'a donné un stufconduit, et j'ai été mené devant le trône d'Aben-Huméya, je dirais mieux son ciel, puisque la charmante Isabelle Tuzani, aujourd'hui reine sous le nom de Lidora, y était assise avec lui. (A part,) Cruel amour! pourquoi donc avoir réveillé dans mon cœur des flammes que je croyais éteintes? (Haut.) Suivant l'usage de sa nation, il m'a fait asseoir sur un carreau, et fait rendre tous les honneurs qu'un ambassadeur peut obtenir d'un roi. Je me suis acquitté de ma mission. A peine le bruit s'est-il répandu dans la ville que votre altesse accordait un pardon général, que le peuple s'est précipité dans les rues et les places en donnant mille signes d'allégresse. Mais Aben- Huméya, plein d'un invincible orgueil, et, en outre, furieux de voir le contentement avec lequel la nouvelle d'un pardon général avait été reçue par le peuple, m'a donné cette réponse : « Je suis roi de l'AIpujarra. Si cet état est petit pour mon courage, bientôt j'aurai l'Espagne entière à mes pieds. Si tu ne veux pas voir don Juan périr dans nos montagnes, conseilie-luL d'abandonner son entreprise ; et s'il est parmi nous quelque lâche qui veuille accepter l'amnistie que tu annonces, tu peux l'emmener avec toi pour servir Philippe : ce ne sera qu'un ennemi de plus, et la victoire n'en sera pas plus difficile. » Sur ce, il m'a congédié; et j'ai quitté rAlpujarra en y laissant le peuple partagé en deux factions , dont- l'une a pour cri de ralliement : « Espagne ! 9 tandis que les autres invoquent le nom de l'Afrique ; de sorte que désormais la guerre la plus redoutable pour eux, la guerre civile est dans leur» murs.
DON JUAN
Jamais un usurpateur ne peut avoir plus de force et de durée ; car les premiers qui l'ont aidé à parvenir au trône sont les premiers qui l'abandonnent , quelquefois baigné dans son sang. Et puisque tel est aujourd'hui l'état de l'AIpujarra, que l'on marche sur Berja avant que ses habitans se soient entre-déchirés les uns les autres. Ne leur laissons pas le temps de se détruire eux-mêmes, afin que la gloire du succès soit à nous tout entière.