‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 105 sur 113 · PREMIER VALET · texte numérisé non relu

PREMIER VALET

Il parait tout surpris et tout triste.

DEUXIÈME VALET

Qui ne le serait à sa place?

CLAIRON

Moi.

deuxième valet, bas, au premier.

Parle-lui donc, à présent.

1 Clarin que rompe el albor '

No suena mejor.

338 LA VIE fcST UN SOÎVGK.

premier valet, à Sigismond.

Voulez-vous que l'on recommencée chanter?

S1G1SMOND.

Non, c'est assez.

DEUXIÈME VALET

Comme vous paraissez tout pensif, nous avons voulu vous distraire.

8IG1SMOXD.

Mes chagrins n'ont pas besoin de distraction, et la seule musique que j'aime, c'est la musique militaire.

CLOTALDO.

Que votre altesse, monseigneur, me permette de baiser sa main! Je tiens a honneur de lui témoigner ainsi le premier mon obéissance.

sigismond, à part.

N'est-ce pas Clotaldo?... Comment donc celui qui me traitait si mal dans ma prison, meparle-t-il avec tant de respect? Que m est-il donc arrivé de nouveau ?

CLOTALDO.

Au milieu du trouble où vous met votre nouvelle position, votre raison doit flotter incertaine ; eh bien! je veux, s'il est possible, dissiper tous vos doutes. — Vous saurez donc, seigneur, que vous êtes prince héritier de la couronne de Pologne. Si l'on vous a tenu renfermé si long-temps, ça été pour obéjr à un destin fatal qui menace cet empire de toute sorte de périls pour l'époque où vous prendrez en main le sceptre royal. Mais on a espéré que, par votre force morale, vous surmonteriez, les étoiles, car un homme généreux doit les vaincre; et pendant que vous étiez plongé dans un profond sommeil, on vous a tiré de la tour où vous étiez et l'on vous a porté au palais. Votre père et mon roi viendra vous voir , Sigismond , et c'est de lui que vous apprendrez le reste.

Eh quoi! misérable, infâme, trattre, qu'ai-je encore à apprendre? et maintenant que je sais qui je suis, n'en est-ce pas assez pour montrer dès ce moment et ma fierté et mon pouvoir? Comment avezvous pu trahir votre pays jusqu'à m'emprisonner, jusqu'à m'enlever, contre tout droit et toute raison, le rang qui m'était dû?

CLOTALDO.

Infortuné que je suis!

SIGÏSMOND.

Vous avez manqué à la justice, vous avez abusé le roi, vous m'avez traité avec une rigueur cruelle; et ainsi 9 la justice , le roi et moi , nous vous condamnons , pour vos crimes , à mourir de mes mains.

CLOTALDO.

Seigneur...

SIGISMOND

Que personne ne cherche à m'arrêter ; ce serait une peine inutile. Et, vive Dieu 1 si quelqu'un d'entre vous se met devant moi, je le jette par la fenêtre.

deuxième valet.

Fuyez, Glotaldol

CLOTALDO.

Hélas! malheureux, pourquoi montrez-vous tant d'orgueil, sans savoir que vous êtes au milieu d'un rêve?

Il SOI t.

DEUXIÈME VALET

Remarquez, seigneur. . .

Otez-vous... *'

DEUXIÈME VALET

Il n'a fait qu'obéir au roi.

SIGISMOND

Il ne devait pas obéir au roi en une chose qui n'était pas juste; et d'ailleurs ['étais son prince.

DEUXIÈME VALET

11 n'a point dû examiner s'il faisait bien ou mal.

SIG1SMOND.

Il parait que vous cherchez quelque chose, puisque vous osez me répondre.

CLAIRON

Le prince parle fort bien, et vous vous conduisez fort mal.

DEUXIÈME VALET

Qui vous a donné la permission de venir ici ?

clairon.

C'est moi qui l'ai prise.

SIGISMOND

Dis-moi, qui es-tu, toi?

CLAIRON

Je suis un homme qui aime à se mêler des affaires des autres, et jp ne crains personne en ce genre : j'ai fait mes preuves.

sigismond.

Dans ce monde tout nouveau où je me trouve, toi seul m'as plu.

Je serais trop heureux, seigneur, de plaire à tout ce qui s'appelle Sigismond.

Entre ASTOLFE.

ASTOLFE

Heureux mille fois, 6 prince ! le jour où vous vous montrez à la Pologne, et où vous remplissez ce pays d'une splendeur inaccoutumée, en sortant, comme le soleil, du sein des monts. Que votre noble front puisse porter long-temps la couronne royale !

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