‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 18 sur 113 · scène in · texte numérisé non relu

scène in

Un chemin dans la campagne.

Entrent FABIO et LELIO.

LELIO

Reposez-vous un peu ici, monseigneur... nous arriverons toujours assez tôt... Nous ne sommes pas loin d'Ocana maintenant.

FABIO

Tu as raison, Lelio. (// s'assied.) Je n'en peui plus. Je croyais, en descendant de cheval et en marchant un peu, que cet exercice me ferait du bien ; loin de là 1... Je t'avoue que jamais de la vie je ne me suis senti aussi fatigué, aussi brisé. C'est qu'aussi ma chute a été rude.

LELIO

Ma foi ! monseigneur, c'est encore un bonheur, dans ce malheur, que nous ne nous soyons pas trouvés plus loin d'Ocana quand cette maudite jument a trébuché. Si nous eussions été déjà à deux ou trois lieues, j'aurais été bien embarrassé, puisque, pour revenir d'une lieue, en comptant le temps que nous nous sommes arrêtés à l'auberge, nous avons mis toute la journée... Un peu de courage, monseigneur, et vous arriverez bientôt à la maison, où nous pourrons plus facilement vous donner les soins que votre état exige.

FABIO

C'est à cette jambe surtout que je sens une douleur!... C'est elle qui a porté tout le poids... Ah ! Lelio.

LELIO

Voudriez-vous remonter à cheval, monseigneur ?

FÂBIO.

Non, Lelio ; je crois qu'il vaut mieux que je continue d'aller à pied comme je pourrai. Je crains de laisser engourdir ma jambe.

LKLIO.

Vous avez raison, mon cher maître; mais, d'autre part, je considère que la nuit s'avance; que si nous arrivons trop tarda la maison, tout le monde sera couohé, et qu'il n'y aura pas moyen de vous donner les soins nécessaires.

JOURNÉE III , SCÈNE IV. o9

FABIO

Très-bien, très-bien, Lelio. Tu as autant de prévoyance que d'attachement*— Va donc détacher la jument, et partons. Toutefois, j'ai une espèce de pressentiment qui me dit que je ne devrais pas être si pressé de rentrer à la maison... J'ai peur d'effrayer Laura. Elle m'aime tant, la pauvre enfant, que je ne sais pas trop comment elle supportera de me voir revenir ainsi équipé.

LELIO

Je ne douté pas non plus qu'elle n'en éprouve un vif chagrin ; ma maltresse vous est si dévouée !

FABIO

Je suis sûr, Lelio, qu'elle est déjà couchée a cette heure.

LELIO

Certainement, monseigneur.

FABIO

Il m'en coûte beaucoup d'avoir à la réveiller ; mais il n'y a pas moyen de faire autrement... Puis nous prendrons des précautions... Je frapperai à la principale porte. Comme c'est la plus éloignée de son appartement, il se pourra qu'elle n'entende pas de bruit.

LELIQ.

Occupez-vous d'abord de votre santé, monseigneur ; c'est à quoi ma mattresse tient le plus.

FABIO

Tu ne dois pas l'étonner, Lelio, ou tu dois t'étonner moins qu'un autre, que je sois aussi bon ménager de son repos. Tu connais ma tendresse pour elle. Je suis, avec mes cheveui blancs, amoureus de sa sagesse comme tous nos jeunes gens le sont de sa beauté.— Partons, Lelio.

Fabio et Lelio sorient.

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