‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 21 sur 113 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Une chambre.

Entrent DON FÉLIX et MARCELA, qu'il tient* par la main ; et par une antre porte entrent LAURA et SILVIA.

Holà ! qu'on apporte ici un flambeau !

HBRRERA, du dehOTS.

Tout à l'heure ! j'y vais ! 11 n'est pas facile de trouver de la lumière quand on n'y voit pas.

laura , bas , à Silvia.

Us sont dans cette chambre. Écoutons-les.

don Félix , à Morcela, Ah! ça, maintenant, ingrate, maintenant, du moins, vous ne pouvez plus me nier...

laura, bas, à Silvia.

11 parle à une femme.

DON FÉLIX

Non, vous ne pouvez plus me nier que vous soyez légère, inconstante, volage, trompeuse et perfide; vous ne me nierez pas face à face que j'aie raison d'être jaloux !

harcela, à part.

Si je dis un mot, je suis perdue. •

DON FÉLIX

C'est donc pour cela que vous êtes venue me voir ce matin ?

laura, ba$ f à St'lvia.

Ce doit être la femme voilée, puisqu'il lui dit qu'elle est venue le voir ce matin.

DON FÉLIX

Vous êtes en mon pouvoir, à cette heure, et n'avez point d'excuse! maudit soit le temps où je vous ai aimée l... Maudites soient

toutes mes peines et mes incertitudes 1 Maudite soit la funeste

crédulité de mon amour.

laura, bas, à Silvia. Entends-tu? il avoue qu'il l'a aimée. Que puis-je attendre encore?

silvia, bas, à Laura.

Où allez-vous, madame ?

laura, de même.

Je ne sais. — Ah! Silvia t en quel trouble je suis! — Je vais l'écouter de plus près.

1er demain chez elle ; mais qu'elle dût venir ici , il n'en a pas été

question,

lauba, à Marcela.

Eh quoil... je ne suis pas venue vous voir cette après-dtnée, et il n'a pas été convenu entre nous que je m'établirais ici à votre place, et que vous...

HARCELA

Je ne me rappelle rien de tout cela.

DON FÉLIX

Vous voyez, Laura, le mauvais succès de votre ruse. Aussi, comment voulez-vous persuader que ma sœur ait passé la nuit avec vous, lorsqu'elle était bien tranquille dans sa chambre?

LAURA

C'est bien mal à vous, Marcela, de mentir de la sorte.

marcela , bat, à Laura.

Il faut d'abord songer à soi.

LAURA

Eh bien ! puisque j'y suis forcée, puisqu'on m'accuse injustement, je dirai la vérité. Écoutez-moi, don Félix.

Oo frappe en Uwhors.

SILVIA

On frappe à la porte !

lisardo > du dehors.

Ouvrez, don Félix!

DON FÉLIX

Vous n'avez pas besoin de parler, Laura ; voici votre galant!

laura, à part.

Mon coeur renaît à l'espérance !

marcela, à part.

Que ne puis-je avertir Lisardo !

Entre LISARDO.

LISARDO.

J'ai tardé un peu, don Félix, afin de m'assurcr qu'on ne me suivait pas. — Où avez -vous mis celle dame?

DON FELIX

Elle est ici devant vous. Mais avant qu'elle vous soit rendue par moi, vous m'arracherez l'âme!

lisarpo.

Je n'aurais pas cru, jusqu'à cette heure, qu'un noble cavalier s'avisât de trahir son ami, en ayant l'air de lui prêter secours. — Je vous demande de nouveau la dame que je vous ai confiée.

don féijx, montrant Laura.

N'est-ce pas celle-ci? -

lisardo.

Non.

don félix, à part. Quelle audace !

LISARDO.

Pourquoi supposer cela, don Félix? Expliquez-vous clairement.

LAURA

C'est moi qui vais vous tirer d'embarras. {Montrant Morcela.) Dites, Lisardo, n'est-ce point là celle que vous cherchez?

LISARDO.

Oui, c'est elle! — Pourquoi la- dérobez-vous à mes yeux?

marcela, à part.

Ah! malheureuse!

laura, à don Félix.

Vous voyez si elle était dans sa chambre bien tranquille.... — 11 faut d'abord songer à soi, Marcela.

marcela, à part.

Jésus ! Jésus !

DON FÉLIX

Quelle honte pour moi!... Ce poignard me délivrera d'une indigne sœur.

harcela.

Défendez-moi, Lisardo.

lisardo, te mettant devant Marcela.

Oui, je défendrai la sœur de don Félix contre son frère même.

DON FÉLIX

C'est donc sur vous que je me vengerai.

LîsArdô.

Vous savez qui je suis, et si je peux abandonner une femme qui est en péril et que j'aime.

Vous savez également qui je suis, et si je puis permettre de s'occuper d'elle à quelqu'un qui ne serait pas son époux.

lisardo.

Si c'est là votre condition, me voici prêt à vous satisfaire.

Entre FABIO, suivi de ses gens»

FABIO

C'est ici la maison ; entrez !

DON FÉLIX

Qui vous amène ?

FABIO

L'honneur, don Félix !

calabazas , à part, +

Quelle jolie danse se prépare!

FABIO

Où est un certain Lisardo, votre ami?

LISARDO.

C'est moi, qui ne crains pas de me montrer à personne à visage

découvert.

calabazas, à part.

Il ne craint pas de montrer le visage ; mais il montre aussi le dos quelquefois.

FABIO

Ah! traître!

LISARDO.

Modérez-vous, seigneur.

FABIO

Avancez !

don Feux.

Un moment , seigneur Fabio ; votre colère vous abuse. C'est moi qui, en votre absence, ai gardé ici votre fille comme celui qui veut tire son époux.

FABIO

Je n'ai plus rien à dire, si Laura se marie avec vous.

DON FEUX

Afin que vous n'en doutiez pas, seigneur, — voici ma main. Laura. — Et puisque c'est parce que votre maison et la mienne ont deux portes que sont arrivées toutes ces aventures, ici finit la comédie de la maison à deux portes.

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