‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 20 sur 113 · GELU · texte numérisé non relu

GELU

Entrez donc vite.

lisardo, à don Félix.

Nous causerons plus tard.

Il sort. — Ao moment où Lisardo entre dans b maison, doo Félix se précipite po*r k

snhrre; Celia referme b porte promptcment.

DOS FEUX

Et pour m'achever, Celia m'a donné sur le visage avec la porte !

calabazas, à part.

Quoiqu'une porte soit de bois, on n'est pas déshonoré pour en recevoir on coup sur le visage, pourvu qu'elle ait une serrure. Le fer sauve l'honneur.

DON FÉLIX

Quelle suite d'aventures étranges!... et quelle incertitude cruelle que la mienne!... — 11 vient chercher dans la maison de Laura la dame qui est sortie ce malin de ma chambre lorsque Laura y est entrée... Ce n'est donc pas elle!... — Mais alors quelle est-elle?... — insensé 1 pourquoi ai-je dit à Marcela de ne venir ici que demain? elle m'aurait instruit de tout. — Mais tandis que je suis là à rêver, mon infamie s'accomplit. — 11 serait pourtant facile de savoir la vérité... C'est Laura, ou ce n'est pas Laura. Si ce n'est pas elle, qu'ai-je à perdre à sortir de cette anxiété mortelle? et si c'est elle, qu'ai-jc à perdre encore, puisqu'en la perdant je perds le bonheur et la vie?... Jetons à bas cette porte ! — Mais non ; j'ai donné ma parole à Lisardo ; je lui ai promis de veiller sur lui, et je pourrais... — Eh! qu'importe l'amitié, la loyauté, l'honneur !... Quand la jalousie commande, il n'y a plus rien au cœur d'un homme ; il n'y a plus ni amitié, ni loyauté, ni honneur!...

11 frappe à grandi coups contre la porte comme pour la renverser. En même temps on entend dans le lointain frapper contre une autre porte.

CALABAZAS.

Que faites-vous là, seigneur?

DQ.N FELIX.

11 faut que je la tue.

(ULABAZAS.

Modérez-vous, si c'est possible.

DON FÉLIX

Que lignifient donc ces coups là-bas ?

CALABASAS.

11 n'y t pas là de quoi vous étonner. C'est sans doute un autre cavalier qui est devant une autre porte qui lui a inspiré une autre rage, et il la frappe comme vous frappex celle-ci.

fabio, dans Féloignemènt.

Ouvre ici, Celia! ouvrez ici, Laural

celia , de la maison.

C'est mon maître, 6 ciel !

DON FÉLIX

C'est le seigneur Fabio.

fabio, de la maison.

Quoi ! j'arrive ici pour être témoin de mon déshonneur !

On entend un cliquetis tl'«|»ces.

CALABAZAS.

Vive Dieu ! on en est déjà venu aui épées par là-bas.

DON FEUX

Maudite soit la porte !

Il s'éloigne.

Entrent LISARDO et MARCELA.

LISARDO.

Ne craignez rien, madame. Quoique l'on frappe à cette porte, celui qui frappe est un homme sûr.

MARCELA.

Conduisez-moi, Lisardo, je vous suis. Une fois chez vous, je serai tranquille.

LISARDO.

Venez, madame, et ne vous cachez pas d'un homme qui m'accompagne. C'est un de mes amis.

marcela, bas, à Lisardo.

Serait-ce don Félix?

LISARDO.

Oui.

marcela, de même.

Mais songez que don Félix...

LISARDO.

Eh ! madame, ce n'est pas le moment de prendre tant de précautions. Je vous réponds de lui. — Don Félix?

DON FÉLIX

Qui va là?

LISARDO.

Moi, Lisardo.

DON FEUX

Que se passe-t-il donc?

JOURNÉE m, SCÊÎÏEIV.

Tandis que je causais arec celte dame, son père est anifé d« dehors. Il a frappé. Voyant qu'on tardait à lai ouvrir, il a jeté la porte à bas. Entré dans la chambre, il a tiré l'épée. Le lambeau s'étant éteint, j'ai pu délivrer ma dame. Comme tous connaissez mieui que moi les ruesd'Oeana, Teailkz l'emmener, je foos prie. J empêcherai, cependant, que personne ne tous suive. A cet effet Calabazas restera avec moi.

calabazas, à part.

Je resterai s'il n'y a pas de danger.

DON FÉLIX

H vaudrait mieux peut-être qu'il raccompagnât et que nous demeurassions nous deui.

LISARDO

Ce serait la laisser aller seule. Le premier devoir, en pareille circonstance, est de sauver la dame. Ainsi, don Félix, chargez-vous d'elle et la mettez en sûreté.

DON FÉLIX

Vous avez raison. (A Morcela.) Prenez mon bras, madame. (A part.) Enfin, Laura, te voilà en mon pouvoir !

harcela, à part.

Hélas! je me meurs.

don félix, à part.

Mon coeur palpite.

harcela, à part.

Que je tremble!

DON FÉLIX

Venez, madame ; bien que vous ne le méritiez pas, je vous sau Vf rai ; car je suis celui que je suis.

harcela, à part.

Y eut-il jamais une femme aussi infortunée?

don félix, à part.

Y eut-il jamais un homme plus malheureux ?

Don Félix et Harcela sortent.

LISARDO.

Ne t'éloigae pas, Calabazas.

-ntre FA8IO. tenant d'une main an flambeau et de l'autre une épée. LELIO et plusieurs autres valets le suivent Tépée nue.

FABIO

Oui, les forces me manquent, mais non les forces de l'honneur. J'en ai assez pour la vengeance.

LISARDO.

Arrêtez! on ne passe pas par ici.

FABIO

Mon épée s'ouvrira un passage à travers votre cœur.

Us m battent tous.

CALABAZAS.

Ah! malbeureus Calabazas, qui t'inspira la fantaisie d'espionner?

msardo, à part.

Maintenant que don Félix est éloigné, je puis quitter la partie.

Le courage et l'honneur le permettent. — On me reconnaîtrait.

Il son.

FABIO

Attends, lâche, attends-moi !

Qui eût jamais dit que mon maître dût m'abandonner en pareille occasion ?

lelio, rencontrant Calabazas.

En voici un qui est resté !

FABIO

Qu'attends-tu, Lelio? Tue-le!

CALABAZAS.

Au nom de Dieu, arrêtez !

FABIO

Qui étes-YOUs?

CALABAZAS.

Je suis seulement, si ma crainte ne m'abuse, un curieux mal avisé 4 .

FABIO

Donnez-nous votre épée.

CALABAZAS.

La voici, mon épée, seigneur ; et si ce n'est pas assez, voici encore ma dague ; et si ce n'est pas assez, je vous donnerai encore mon manteau, et mon chapeau, et mon pourpoint, et mes culottes.

FABIO

Ne seriez- vous pas le valet de celui qui a outragé ma maison ?

CALABAZAS.

Oui, seigneur; mon maître est un outrage-maison insupportable* 2 .

FABIO

Qui est-il? et comment se nomme- Ml?

II se nomme Lisardo; il est militaire et ami de don Félix.

FABIO

Pour ne pas commencer mes vengeances par la moindre, je te laisse la vie.

CALABAZAS.

Merci, monseigneur.

Il sort.

1 Nous serions fort trompé si, dans ce p&ssagc, Calderon ne faisait pas allusion à une nouvelle que Cervantes a insérée dans le Don Quichotte, et qui a pour titre : le Curieux malavisé (el Curioso impertinente).

* Nous avons traduit mot à mol :

Es un agravia casas Que no se puede sufrir.

FABIO

Maintenant, avec ces instructions, allons trouver don Félix... Malédiction sur la maison à deux portes, puisqu'elle garde si mal l'honneur!... (Aux valets.) Suivez-moi!

Ils sortent.

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