‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 30 sur 113 · L INFANT · texte numérisé non relu

L INFANT

DONA MENCfA.

L'fNFANT.

DONA MENCIA

Dans ma maison. — Et vous n'avez pas craint de détruire la réputation d'une femme, d'offenser un vassal généreux et illustre?

l'infant.

J'ai suivi votre conseil. Vous m'avez conseillé tantôt d'écouter la justification de Cette dame, et je suis venu ici afin de voir ee que vous me direz pour excuser votre inconstance.

DONA MENCIA

Hélas ! oui, la faute en esta moi. Mais si j'ai parlé de me justifier, que votre altesse le sache, j'obéissais alors à la voix de l'honneur. — Mais je ne pensais pas... je ne voulais pas vous revoir à cette heure, en ce lieu.

l'infant.

Croyez-vous donc, madame, que j'ignore les égards que je dois à Votre nom et à votre vertu? J'ai quitté Se vil le sous le prétexte d'une chasse; mais je ne songeais pas à m'attaquer aux oiseaux de l'air. C'est à vous que j'en voulais, ô ma blanche tourterelle 1 !

DONA MENCIA

Oui, seigneur, vous n'avez que trop raison de me comparer à cet

1 Le traducteur s'empresse de déclarer ici, à l'honneur de Calderon, qu'il n'est point question de tourterelle chez le grand dranaalisle. Il dit •- garsa, subsl. fcm., qui signifie héron. On nous pardonnera de n'uvoir pas traduit plus fidèlement.

oiseau timide. On raconte que quand il est poursuivi par les faucons royaux et qu'il fuit devant eux à tire d'aile, un secret instinct lui désigne celui qui parmi eux lui donnera la mort, et qu'alors, en le voyant s'approcher, il frémit, il frissonne et tremble. De même moi, seigneur, en vous voyant, je suis saisie d'effroi et d'épouvante, parce que j'ai un secret pressentiment que c'est vous, Vous, seigneur, qui me tuerez !

l'infant.

Ne vous abandonnez pas à ces craintes, madame.

DONA HKNCIA.

Au nom du ciel ï laissez-moi.

l'infant.

Je suis venu pour vous parler. Cette occasion, souhaitée si longtemps, elle ne m'échappera pas par ma faute.

DONA MENCIA

Et le ciel le souffrirait ! — Je vais crier.

l'infant.

Vous vous perdriez vous-même.

DONA MENCIA

De grâce, éloignez -vous !

l'infant.

Ne me l'ordonnez pas, je vous en conjure, — dona Mcnciat

DONA MENCIA

Par pitié, don Henri!

DON GUTIBRRE, du dehors.

Tiens l'étrier, Coquin, et frappe à cette porte.

DONA MENCIA

ciel! grand Dieu ! —-Mes pressentiment ne me trompaient pas; la* fin de mes jours est venue. Voilà don Guticrrel

Malheureux que je suis!

DONA MENCIA

Hélas! que deviendrai-jc s'il vous trouve avee moi?

l'infant.

Que faire?

DONA MENCIA

Cachez-vous,

l'infant.

Moi, me cacher !

DONA MENCIA

C'est bien le moins que vous deviez à l'honneur d'une femme. — Vous ne pouvez plus sortir. Mes servantes, sans savoir ce qu'elles faisaient, ont ouvert et refermé la porte. Vous ne pouvez plus sortir maintenant.

l'infant.

Commandez, j'obéis.

DON A MENCIA

Retirez-vous dans ce cabinet qui donne dans ma chambre.

l'infant.

Je n'ai jamais su jusqu'à présent ce que c'était que la crainte. Oh ! comme un mari offensé doit être redoutable !

Il se cache.

DONA MENCIA

Si une femme innocente éprouve mes terreurs, Dieu puissant, comme une femme coupable doit trembler t

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