SCÈNE I
Un jardin; il est nuit.
L'INFANT et JACINTHE entrent en nferchanl à tâtons.
JACINTHE
Doucement! Pas de bruit!
l'infant.
A peine si je pose le pied sur le sol, à peine si je respire.
JACINTHE
Vous voici au jardin. Et comme don Guticrre est en prison et que la nuit vous favorise de ses ténèbres, n'en doutez pas , monseigneur, vous obtiendrez tout ce que votre altesse désire. Ce sera là une douce victoire.
l'infant.
Jacinthe, si la liberté que je t'ai promise te sembleunetrop faible récompense pour un si grand service, demande davantage et tu l'auras. Je te dois plus que la vie, je te dois la joie et le bonheur de mon âme.
C'est ici que ma maîtresse a coutume de venir. Elle passe d'ordinaire une partie de la nuit sous ce berceau.
l'infant.
Tais-toi, tais-toi ; je crains que le vent ne nous écoute, et que l'écho ne trahisse nos paroles.
jacinthe.
Je vous laisse; moi, afin que mon absence ne réveille aucun soupçon, je vais de ce côté.
Elle sort.
l'infant.
Amour, amour, protége-moi ! Que ce feuillage épais me cache à tous les yeux ! — Je ne suis pas le premier dont le feuillage des bois
ait favorisé les amours. C'csi ainsi qu'autrefois le chasseur Actéon contempla les charmes de Diane.
Il «'éloigne.
Entrent DON A MEISC1A, JACINTHE et THÉO DORA.
don a mencia, appelant.
Silvia i Jacinthe ! Théodora !
JACINTHE
Que voulez-vous, madame?
DON A MENCIA
Apportez moi des flambeaux. — Mais non, venez toutes. Essayons de faire diversion à l'ennui qui m'accable. Don Gutierre ne rentre pas, Théodora !
THÉODORA
Plaît-il, madame?
Chante-moi quelque chose afin de dissiper ma tristesse.
THÉODORA
Voulez-vous une romance ?
DON A MENCIA
Ce que tu voudras; cela m'est égal.
Elle s'étend sur une clnisc longue et s'endort. THÉODORA.
Voyons si ma guitare est d'accord.
Elle accorde sa guitare.
JACINTHE
Ne chante pas, Théodora. Vois, déjà la fatigue l'a plongée dans le sommeil. Gardons nous de la réveiller.
THÉODORA
Pourtant ma guitare allait bien.
JACINTHE
Ce sera pour une meilleure occasion. Retirons-nous. (A part. )01i! combien de fois le plus brillant honneur a été terni par l'entremise d'une servante ' !
Jarinthe, Théodora et SiWia sortent.
Entre L'INFANT.
l'infant.
Elle est seule! Je ne puis désormais douter de mon bonheur; l'heure et le lieu m'en empêchent. Elle dort. {Il appelle à voix basse.) Mencia! belle Mencia ! adorable Mencia!
dona mencia, se réveillant.
Dieu me protège!
O eriadas, — y quantas honras ilustres se han perdido por vosotras ! Tous les peintres des mœurs espagnoles ont remarqué l'intervention empressée dos duègnes ci des servantes dans les amours de leurs maîtresses. Cervantes en a parlé en plusieurs endroits de ses ouvrages. Voyez, dans ses Nouvelles instructives [Nooelas ejemplarts), Uî Jaloux d Eslramadure [el Zelaso Estremcno).
dona mencia.
l'infant.