‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 32 sur 113 · DONA M EN CU · texte numérisé non relu

DONA M EN CU

J'y ai trouvé mon salut.

JACINTHE

Comment avez-vous pu vous y décider?

DON A HENC1A.

Par la raison que si je n'eusse rien dit et que don Gu lierre se fut aperçu de quelque chose, — il aurait pu croire que j'étais la complice de l'infant; et puis je n'avais que ce moyen de le sauver. — Tu vois, le ciel m'a protégée.

Entre DON GUTIERRE ; il tient un poignard à la main et le regarde avec

attention.

DON GUTTERRK, à part.

Ce poignard si riche n'est pas Tanne d'un homme obscur. ( tl le cache sous ton manteau.) ma chère Mencia ! vous avez été abusée par une vaine illusion. J'ai visité toute la maison du haut en bas, et je n'ai pas même aperçu l'ombre d'un* homme. {A part.) Hélas! je cherche à me tromper moi-même, car ce poignard soulève en mon sein mille soupçons, mille terreurs. Mais le moment n'est pas venu encore. [Haut.) Mencia, mon cher bien, ma chère épouse, voici le jour qui commence à paraître à l'hdrizon : il faut que je parte. Je regrette vivement d'être obligé de te laisser, — de te laisser ainsi toute émue, après cette aventure; mais il le faut.

DONA MENCIA

Vous ne m'embrassez pas, monseigneur ?

DON GUTIERRE.

Je ne l'aurais pas oublié, ma chère vie.

Il va pour l'embrasser, el il montre, sans le vouloir, sa main qui tient le poignard.

dona mencia, effrayée.

Ah! seigneur. — Quoi! vous voulez me tuer! Grâce, je vous prie! Je ne vous ai point offensé!... Grâce! grâce, monseigneur!

Pourquoi ce trouble, Mencia? — Remettez- vous, mon bien, mon épouse, ma vie, mon âme !

DONA MENCIA

C'est que, monseigneur, en vous voyant armé de ce poignard, je me suis imaginée que vous m'en portiez un coup, et que je tombais ici blessée, et que je mourais baignée dans mon sang.

DON GUTIERRE.

Moi, vous frapper ! — Au moment de visiter la maison j'ai tiré ce poignard de son fourreau.

DONA MENCIA

Quelle folle idée J'avais là !

DON GUTIERRE.

Oui, une idée bien folle, en effet.

DONA MENCIA

Je ne vous ai jamais offensé, n'est-il pas vrai ?

DON GUTIERRE.

Non, certes, jamais. — {A part.) Comme elle s'excuse mal avec tout son esprit!

DONA MENCIA

C'était sans doute ma tristesse qui m'offrait ces noires images.

DON GUTIERRE.

11 faut la chasser au plus vite.

Est-ce que vous partez, seigneur?

DON GUTIERRE.

Je devrais être déjà loin.

DONA MENCIA

Reviendrei-vous bientôt?

DON GUTIERRE.

Si je puis, ce soir.

DONA MENCIA

Que le ciel vous accompagne !

DON GUTIERRE.

Adieu, Mencia !

dona mencia, à part* Les forces m'abandonnent !

DON GUTIERRE, à part.

mon honneur! mon honneur! nous avons de quoi causer beaucoup tous deux seul à seul !

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