‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 75 sur 113 · scène m · texte numérisé non relu

scène m

La rue devant la maison de Crespo.

Entrent LE CAPITAINE, LE SERGENT , L'ÉTINCELLE et REBOLLEDO,

avec des guitares, et des Soldats.

REBOLLEDO.

Nous serons mieux ici, l'endroit est plus favorable. Allons, que chacun fasse sa partie.

l'étincelle.

Est-ce que nous recommençons?

REBOLLEDO.

Sans doute.

l'étincelle.

Maintenant je suis contente.

le capitaine.

Elle n'a pas seulement entrouvert sa fenêtre, la petite malapprise!

LE SERGENT

On doit cependant nous avoir entendus.

l'étincelle.

Attendons.

le sergent.

Ce sera peut-être à mes dépens.

REBOLLEDO.

Voyons d'abord quel est celui qui vient à nous.

Ne voyez-vous pas un cavalier armé de pied en cap?

Entrent MENDO , avec sa lance , et NU NO.

MENDO.

Ne vois-tu pas ce qui se passe ?

NUNO

Je ne le vois pas, mais je l'entends,

MENDO.

Qui pourrait, 6 ciel l qui pourrait souffrir tant d'audace?

NUNO

Moi.

MENDO.

Penses-tu qu'Isabelle ouvre sa fenêtre? •

NUNO

Oui, elle l'ouvrira.

MENDO.

Non, elle n'ouvrira pas, drôle.

NUNO

Eh bien 1 elle n'ouvrira pas.

218 L'ALCADE DE ZALAMÉA.

MEtfDO.

Ah 1 jalousie ! peine cruelle 1... Je les chasserais bien tous à coups d'épée ; mais je dois cacher mon mécontentement jusqu'à ce que je sache s'il y a en ceci de sa faute.

mrto.

En ce cas, nous pouvons nous asseoir.

MBNDO.

Oui ; de celte façon je ne serai pas reconnu.

RBBOLLBDO.

L'homme s'est assis. On dirait une âme en peine qui rôde la nuit pour expier ses fautes. Il a un bouclier. — Allons, l'Étincelle, en avant une petite chanson qui nous ragaillardisse.

l'étincelle.

Je ne demande pas mieux.

Entrent DON LOPE et CRESPO , chacun don côté différent «t l'épéc à

la main.

l'étihcelle, chantant.

Vous connaissez Sampayo, La fleur des Andaloux, Le faraud de meilleure mine, Et le plus célèbre des rufiens.

Un jour il trouva la Criarde ', Le soir à l'entrée delà nuit, Qui causait avec le beau Garlo Dans le eoin d'un cabaret.

Et Garlo, comme vous savez, Est un bon et franc luron Qui n'entend pas la plaisanterie, Et ne se laisse pas marcher sur le pied.

Il tira donc aussitôt son épée, Et frappant d'estoc et de taille.....

Don Lope et Crespo se précipitent sur les chanteurs , l'épée à la main.

CRESPO

Ce fut de cette manière.

11 s'y prit de la sorte. {Les chanteurs fuient dispersés.) Les voilà en déroute. {Apercevant Pedro Crespo.) Mais non ; en voici un qui s'obstine à rester.

CRESPO

Celui-ci qui tient ferme est sans doute quelque soldat,

DOPT LOPK.

Celui-là aura aussi son affaire.

Il y a ici une plaisanterie, une grâce, qui tient en grande partie à la versification et qu'il serait impossible de reproduire. C'est , à peu près , comme si l'Étincelle Tenait de chanter «Il rencontra Vautre jour Gérardi», et que Rebollcdo l'interrompit immédiatement en disant aux autres soldats : « La rime veut que c* fut un mardi. »

CRESPO

Biais je le ferai décamper, lui aussi.

DON LOPB.

Allons, suivez les autres.

CRESPO

Suivez-les vous-même, ou je vous ferai courir.

Ils se oatteot-

don lofe, à part»

Vive Dieu! il se bat bien.

crespo, à part.

Vive Dieu! il n'a pas peur.

JUAN accourt l'épée à la main.

juan, à part.

Pourvu que je le trouve ! {A Crespo.) Seigneur, me voici à votre côté.

DON LOPE

N'est-ce pas Pedro Crespo ?

CRESPO

Moi-même. Et vous, n'étes-vous pas don Lope?

DON LOPB.

Oui, je suis don Lope. Mais quoi! n'aviez-vous pas dit que vous ne sortiriez pas? Voilà un bel exploit!

CRESPO

Je ne vois pas ce que vous avez à dire : vous avez fait tout comme moi.

DON LOPB.

Moi, c'est différent; j'étais offensé.

CRESPO

Et moi, à vous parler franchement, je suis venu me battre pour vous tenir compagnie.

des soldats, du dehors.

Marchons tous ensemble contre ces vilains pour les exterminer*

le capitaine, du dehors.

Prenez bien garde !

Ils entrent tous.

DON LOPE

Un moment! Ne suis-je donc pas ici? Que signifie cette conduite?

Les soldats s'amusaient dans cette rue à chanter doucement et sans bruit ; il s'est élevé parmi eux une dispute, et j'étais Yenu mettre la paix.

DON LOPB.

Don Alvar, je sais parfaitement ce qui en est. Mais puisque voilà le village en révolution, je veux éviter un malheur. En conséquence, comme voici le jour qui paratt, je donne l'ordre que.

120 L'ALCADE DE ZALAMÉA.

mus plus de retard, tous réunissiei la compagnie, et que Tout partiel au plus tôt de Zalaméa. Et qu'on ne recommence plus ; autrement, vive Dieu ! ce sera moi qui rétablirai la paix i grands couds d'épée. F

LE CAPITAINE

Seigneur, la compagnie partira dans la matinée. [A part.) Petite paysanne, tu me coûteras la rie !

crispo, à part.

Don Lope a la tête rire ; nous serons bien ensemble.

DO!f lope, à Crespo.

Venex arec moi. Je ne veux pas qu'on vous trouve seul nulle part.

Ht sortent.

Entrent M ElfDO, et NUftO blessé.

MENDO.

Est-ce que ta blessure est sérieuse, Nuno ?

If UNO.

Quand elle le serait encore moins, elle le serait encore trop pour nxn, et je m'en serais bien passé.

MENDO.

Je n'ai jamais éprouvé un pareil chagrin.

Ni moi non plus.

MENDO.

Je suis furieux. — C'est donc à la tête que tu as reçu le coup ?

nuno.

Oui, dans tout ce côté-là.

On entend btUre le tambour.

MENDO.

Qu'est ceci?

NUNO

C'est la compagnie qui va partir.

MENDO.

A la bonne heure!... Je n'aurai plus ainsi à craindre la rivalité du capitaine.

nuno.

Ils partent dans la journée.

Entrent LE CAPITAINE et LE SERGENT.

LE CAPITAINE

Sergent, tu partiras avant le coucher du soleil avec toute la compagnie ; et, souviens-t'en, lorsque cet astre disparaîtra de l'horizon pour se plonger dans l'océan espagnol, je t'attends à l'entrée de la forêt voisine. Je veux aujourd'hui nattre à la vie au moment où le soleil finira sa carrière.

LE SERGENT

Silence 1 j'aperçois quelqu'un du village.

mendo, à Nufto.

Tâchons de passer sans qu'ils se doutent que je suis fâché. Toi, Nuno, fais bonne contenance.

nuSo.

Cela ne m'est guère possible.

Mendo et Nono sortent.

LE CAPITAINE

Pour moi, je retournerai au village. Quelques cadeaui m'ont valu la protection de sa servante, laquelle doit faire en sorte que je puisse parler à cette belle homicide.

LE SERGENT

Enfin, seigneur, si vous revenez, ne revenez pas seul ; car, voyez vous, il ne faut pas se fier à ces rustres.

LE CAPITAINE

Je le sais. Tu choisiras quelques hommes pour venir avec moi.

LE SERGENT

Je ferai tout ce que vous voudrez. — Mais si, par hasard, dou Lope s'avisait de revenir et qu'il nous aperçût ?

LE CAPITAINE

Mon amour n'a rien à craindre de ce coté. Don Lope lui aussi part aujourd'hui même pour Guadalupe, où il doit rassembler tout le terce. C'est lui qui me l'a dit tout-à-l'heure quand je suis allé prendre congé de lui. Le roi doit s'y trouver. Il est en chemin.

LE SERGENT

Je vais, seigneur, exécuter vos ordres.

H sort.

LE CAPITAINE

Songe qu'il y va de ma vie.

Entre REBOLLEDO.

REBOLLBDO.

Bonne nouvelle, seigneur 1

LE CAPITAINE

Qu'est-ce donc, Rebolledo?

REBOLLEDO.

Vous me devez pour cette nouvelle une bonne étrenne.

LE CAPITAINE

De quoi s'agit-il ?

REBOLLEDO.

Vous avez un ennemi de moins.

LE CAPITAINE

Et lequel? Parle donc?

REBOLLEDO.

Ce jeune garçon, le frère d'Isabelle, don Lope l'a demandé à son père, et il vient avec nous. Je l'ai rencontré dans la rue tout habillé et plein d'ardeur, qui avait l'air moitié d'un laboureur, moitié

tn L'ALCADE DE ZAUÙUEÎL

d'un soldat... De sorte que nous n'arons plat que le Tiem contre

nous.

UCAPITÂIlfK.

Tout s'arrange à memille; et, surtout, ai jetais bien secondé par celle qui m'a promit pour cette nuit une entrante «Tee elle*

slEBOLLEDO.

Elle tiendra parole.

Ll CAHT ADTE.

Je reviendrai ce toir. Maintenant je rab rejoindre la troupe qui est déjà en marche. Vous m'accompagnerai tout deux.

RKBOTX1DO.

Nous deui? ce n'est pat beaucoup. Mais, Tire Dleol c'est assez contre deui autres, et même contre quatre, et même contra tix.

Le Capitaine sort.

L'ETDfCSLLB.

Et moi, si tu retournes, que devlendrai-je? Je ne serai plut en sûreté; car si celui que j'ai envoyé hier cnex le chirurgien pour se faire recoudre ' me trouvait seule...

REBOLLBDO.

Je ne sais que faire de toi... Dis-moi, est-ce que tu n'aurais pas le courage de m'accompagner ?

l'étincelle.

Pourquoi pas? N*ai-je pas du courage comme un autre? et de plus, un habit de soldat?

RKBOLLBDO.

Ohl quant à l'habit, ce n'est pas là ce qui nous manquera; nous avons celui de ce page qui est parti dernièrement.

l'étincelle.

Eh bien l je le remplacerai.

REBOLLBDO.

Partons, le drapeau est en route.

l'étincelle.

Ah 1 je ne le vois que trop à présent, la chanson a raison: « L'amour d'un soldat ne dure qu'une heure ! »

Ils sortent.

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