SCÈNE I
Le vestibule d'ua palais.
Entrent LE GOUVERNEUR et FÉLIX.
Le gouverneur lit une lettre , Félix est en habits de voyage. LE GOUVERNEUR, Usant.
« Ce n'est qu'à vous, à vous seul, mon cher seigneur et ami, que j'ose confier le malheur qui m'accable, parce que si vous n'êtes pas en position d'y porter remède, j*ai du moins la certitude que vous le sentirez vivement. Un cavalier, dont le domestique qui vous remettra cette lettre vous dira le nom, a disparu de cette ville après y avoir tué un homme. Il emmène avec lui une mienne fille qui a été sa complice, et qui à cette première faute en a ajouté une seconde. On me dit. qu'ils se proposent de passer en Espagne. S'ils se réfugient par hasard à Gaëte comme en un lieu d'asile, veuillez les y retenir et les traiter comme mes enfans. Quoiqu'ils aient gravement compromis mon honneur, faites en sorte, je vous prie, que je ne le perde pas tout entier.» [À Félix,) Oui, je sens vivement cette disgrâce de don Alfonso ; je lui sais même bon gré de se souvenir ainsi de moi en son malheur. Je voudrais bien que ce cavalier vint se réfugier ici; je donnerais pour cela le plus riche de mes joyaux... Si cela arrive, je jure le ciel que je m'arrangerai de façon que l'honneur de mon ami sera sauvé, car c'est une grande obligation qu'un homme impose à un autre quand il le rend dépositaire d'un secret aussi délicat- Puissé-je lui témoigner enfin la reconnaissance que je lui ai vouée pour tous les bons offices que j'ai reçus de lui
1 On appelle alcayde, en espagnol, le gouverneur d'une place et le geôlier d'une prison.
depuis l'époque où nous nous sommes liés en Flandre 1... Dites-moi seulement quel est ce cavalier qui a compromis à ce point la vie et 'honneur de mon ami.
FÉLIX
Monseigneur, il se nomme don César des Ursins, celui qui a tué un homme et enlevé Flerida. Nous ne pouvons pas douter que ce ne soit lui, parce que c'est la beauté de ma maîtresse qui a été cause du défi, et que ce cavalier et ma maîtresse ont disparu le même jour. Je le connais de vue. Si vous désirez que je m'emploie à le chercher, veuillez m'autoriser, en votre qualité de gouverneur, à visiter les hôtelleries de la ville. J'ai des renseignemens qui me permettent de croire qu'il doit être caché ici.
LE GOUVERNEUR
Moi-même en personne je le chercherai avec vous. — Quels sont les renseignemens que vous avez ?
FÉLIX
Ce matin, en arrivant à mon logis, j'ai vu passer un de ses domestiques; cela m'a donné l'idée que don César était ici, parce que ce domestique est parti avec lui.
LE GOUVERNEUR
L'avez-Yous suivi?