‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 111 sur 292 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Le même , PIZARRE.

PIZA.RRE, ipart.

Combien l'odieuse présence de cet importai! me tourmente en ce moment !

ALMAGRO

Âmî et compagnon^ mes souds, mon caractère ingénu , franc et noble , ne me permettent pas de supporter plus long-temps le poids de mes craintes : nous sommes associés , et quand nous nous liâmes pour entreprendre d'audacieuses découvertes , nous sûmes couvrir de fer les cœurs intrépides que la robuste nature nous avait donnés. Combien de fois ne t'ai-je pas vu, au milieu du royaume de Neptune en fureur, rendant , par le calme de ton maintien , la confiance au matelot affligé. Les climats étrangers, les peuplés sauvages, les déserts affreux, ne pouvaient, dans les momens les plus critiques , te dérober les couleurs du visage ; tu dictais des lois, et la fortune semblait aplanir les obstacles. Maintenant que ses faveurs te donnent la possession du Pérou , et que les habitans de ce pays osent à peine lever sur nous leurs yeux effrayés, que nos canons, en se faisant entendre, les renversent remplis de terreur , je te vois livré à une profonde mélancolie qui jette la crainte et le découragement parmi tes soldats. Notre amitié et noti^ mutuel intérêt exigent que tu me fasses une confidence sin-

tgS LA CONQUÊTE DU PÉROU,

cère de tes maux; presque toujours ils sont diminués

par une semblable confiance.

PIZARRE

Je ne sais point dissimuler ; mon âme éprouye le choc funeste de sentimens contraires : combien il eût été préférable pour moi d'être entré dans ce pays suivi de la victoire^ après l'avoir conquis dans de sanglantes batailles! que de remords je me serais épargné I Les lois de la guerre^ réclamant leurs droits , le pillage et la mort eussent été excusables. Mais je ne rencontre dans le maître de ce pays qu un homnie docile qui nous reçoit avec affabilité dans sop palais , qui se jette dans les bras de l'amitié , qui écoute attentivement nos propositions , et veut s'unir avec des gens venus dans son pays, les armes à la main , pour l'envahir. De quelles excuses pouvons-nouç couvrir une indigne trahison ? On verra trembler d'horreur jusqu'aux générations les plus éloignée^'^ nos noms, malgré la valeur et l'héroïsme que nous aurons montrés, seront tachés des crimes de l'ambition* Soyons plus humains ! en adoucissant peu à peu l$s coutumes sauvages de cette nation pleine de simplicité, non -seulement nous conquerrons le PeVou; mais, ce qui est plus encore, nous gagperons les cœurs de ses dociles habitans,

âlhagro.

. Ami, quel changement subit je découvre dans ton caractère ! lorsque nous étions las de la dure x^ondition dans laquelle le ciel nous avait fait naître , et que la main avare de l'infortune voulait nous

Page 1