‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 112 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE il · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE il

renfermer dans une patrie qui ne savait point nous connaître , entraînes par l'ardente impulsion de notre esprit^ nous nous jetâmes dans de nouvelles découvertes. Combien de fois , au milieu des conférences relatives à nos projets^ ne fus-je pas obligé de modérer prudem^ment ton caractère toujours dis-« posé à la cruauté : tu me disais souvent , dans ton emportement^ que la fortune favorisait seule le génie hardi ^ et qu'une lâche indécision la faisait fuir; tu me répétais qu'un seul instant d'apathie pouvait faire perdre le fruit de longues années de travail.. A peine apercevions-nous ces côtes inconnues aux peuples de l'Europe, que, marchant d'un air assuré sur le tillac de notre navire qui s'avançait vers. Puna , tu me montras la vaste étendue de ce continent comme la récompense due à nos fatigues.. Nous débarquons : notre aspect, le bruit de l'artillerie, la superstition qui engourdissait tous les bras, lions permettent d'entrer sans la moindre résistance , et nous font voir que la nouveauté,, ainsi que l'étonnement, suffisent pour faire trembler devant nous. Prévoyant dès ce momest les grands résultats * de nos découvertes, nous nous élançâmes sur les rivages du Pérou ; et quand tu appris que Tempe-^ reur n'employait que de riches présens pour nous éloigner, tu me dis, comme un intrépide guerrier : « Il faut aller le renverser de son trône dans sa pro«. pre capitale ; tandis que la crainte s'est emparée de son cœur, le fer et le feu pourront nous rendre maîtres de l'empire. » Dans les premiers instans , tu as été dur, inaccessible, menaçant, inexorable; et, changé tout à coup , je te vois maintenant soupirer, gémir,,

aoo. LA CONQUÊTE DU PÉROU,

dans laffliction , consumer des jours précieux dans de pénibles et Isinguissans retards : je ne puis savoir quelle est lorigine de ton chagrin; la yoîx de l'amitié t'avertit seulement qu'un génie entire*» prenant ne se laisse point asservir par de légères passions , qu'on voit toujours affaiblir la force ; que , la terreur une fois éloignée , la puissance s'enfuit.

PIZARBE.

Almagro^ tu m'insultes! mon coeur n'a rien de plus cher au monde que cette conquête, Pizarre ignore ces lâches passions qui efTéminent les hommes ; ces soupirs que ton caprice a forgés dans sa fureur, ne conviennent pas à notre profession. Sois cependant un peu plus docile à mes conseils ! On gagne souvent davantage avec des sentimens affectueux, qu'en montrant de la rigueur. Injuste ami, il n'y a que la stupidité qui nous soutienne dans ce pays : si par notre oppression nous inspirons à ces sauvages cette passion si naturelle à l'homme quand il se voit trahi ; si la vengeance allume dans les cœurs l'amour de la patrie ; si l'illusion qui nous fait prendre pour des divinités tombe tout à coup , . qu'arrivera-t-il . de nous, de nos ax^mées, dont la force consiste ici dans les simples moyens de la nature ? Ne trouble point par ton caractère avare ma marche politique ; le temps te fera connaître ce qu'est Pizarre.

ALMAGRO

Jamais je ne souffrirai que d'un toi^ allier tu oses me dicter tes lois. De quel*^ droit prétends-tu seul commander? ne sommes-nous pas associés? nos

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plans n'ont-ils pas été combinés ensemble ? n'a-t-il pas été convenu que le butin rorait également ré-^ parti entre nous? Et pourquoi veux-tu maintenant^ rempli de mystère, ordonner en chef, conclure des traités secrets sans mon consentement ? Je réclame hautement mes droits; je proteste que tu n'as aucune autorité qui te puisse rendre indépendant. Que cette politique que tu nous vantes ne soit pas la pomme de discorde ! considère que notre prospérité est la conséquence des liens qui nous unissent : médite sérieusement sur ce discours que me dicte un cœur rempli de franchise et de force. Les circonstances fe feront voir aussi ce qu'est Almagro.

(Il sorU )

,. SCÈNE m.

PIXàRRE seul.

Tu me menaces, homme vil; ma vengeance te déclare lacuerre! Ton destin est entre mes mains : ces soldats intrépides qui lious suivent, quand je le voudrai, sauront t'assassîner, impie orgueilleux! Tu as découvert mon mal, mes soupirs infidèles m'ont trahi ! ne crois pas que l'amour puisse adoucir mon âme : deux passions opposées se sont emparées de mon cœur! je suis dévoré à la fois par la haine et par l'amour ; laissons-leur à tous deux un liltre empire. Oui, Sémira, tu auras la part qui se doit à l'amour , Almagro supportera la fureur de la haine.

( 11 SOI l.)

2oa LA CONQUÊTE DU PÉROU,

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