SCÈNE XIII
Les mêmes ; PIZARRE , ALMAGRO , l'épée h la
main; Soldats espagnols.
Soldats, satisfaites votre vengeance; chargez de fer cet homme altier, qui, eif suscitant la révolte, espérait nous faire assassiner : il a perfidement rompu les lois de l'hospitalité ; que son supplice effraie cette nation déjà conquise. '
( î<«s soldats chargent de chaînes des bras d'Alahalipa.^
a36 LA CONQUÊTE DU PÉROU,
ATABALIPA.
Inhumain, que fais-tu? quels sont mes crimes ? n'es-tu pas Tagresseur? et ne jouissais-je pas, sans savoir qu'il existât' des monstres semblables à toi , de la tranquille possession de cet empire qui me venait ' de mes pères ? quand tu abordas sur mes rivages , ne t'ofiris-je point des présens , preuves évidentes que je ne voulais point d'hostilités? aussitôt que tu vis les hautes murailles de la malheureuse Caxamalca> ne te fîs-je point ouvrir ses portes à l'instant? n'as-tu pas été reçu dans mon palais comme un ami? n'ai-je point fait tout ce que j'ai pu? tes désirs n'étaient-ils point prévenus? en quoi suis-je perfide ? de quelle manière ai-je voulu te trahir? Si tu eusses été plus prudent, combien de maux tu aurais épargnés , en réprimant tes pensées insensées I Je me trompe : tu es venu pour m'enlever mon empire; ce métal brillant a fait naître dans ton cœur une dévorante cupidité. Tu n'es qu'un brigand, tu n'es qu'un pirate, qui, après avoir infesté l'Océan , viens commettre d^horribles attentats sur la terre! Je me suis trompé , en pensant que tu avais reçu une mission des dieux. Ce jeune homme, qui, emporté par l'honneur, a voulu te prouver, les armes à la main, qu'on n'insulte, pas impunément la vertu, t'a connu dès le premier moment : il voulait me prévenir; mais un fatal destin fascinait mes yeux. î)is, homme injuste, n'est-ce pas dans mon palais que tu m'as trouvé sans armes au milieu.de ma. famille désolée? comment. suis-je, parjure? et comment prétendrais-je t'assassiner? Si tu m'eusses vu