‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 146 sur 292 · ACTE V, SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE XIV

sent qui arrache une Yictime aux passions^ en la faisant suivre son ëpoux«

(Elle se frappe.) PIZAKRE, courant vers Sémira.

Femme vertueuse, arrête ton bras.

P À LIM Â , soutenailt Sémira mortellement hlessëe,

fille infortunée ! 0 jour malheureux, oii l'horreur succède à d'autres horreurs.

ATAB ALIPÂ, approchant de Sëmira , et posant sa main sur la blessure.

Tu as déchiré ton sein de neige, le sang coule. Dieu puissant, venge une fille héroïque!...

SÉMIRA, à Pizarre.

Éloigne-toi,... funeste origine des maux de ce jour cruel... Ne me tourmente point par ton redoutable aspect ; ... ne profane point par une main détestable le sang pur qui coule de mon sein... Tes secours me causent plus d'horreur que la mort... Et vous, parens chéris... ayez de la constance^... voyez sans découragement... mon triomphe... J'ai accablé les tyrans,... je suis l'ombre de l'amant le plus grand et le plus vertueux... Ne plaignez pas le sort de Sémira... qui ne craint déjà plus... la loi... de l'injuste destin... Pleurez sûr les malheurs qui vous environnent, puisque vous vous trouvez... sujets... aux caprices, sanguinaires... de ces monstres, horreur de la nature... Le radieux soleil,... ému de terreuj^, a couvert son disque de nuées épaisses... Ah! lance tes rayons, ne te cache point... Mais une nuit effrayante enveloppe la terre... Père idolâtré,... mère toujours aimable,... amies corn pa-

a44 LA CONQUÊTE DU PÉROU,

tissantes^ je vous attends... dans la demeure des célestes plaisirs. Oscar,... Oscar,.., reçois des mains de la mort favorable.... ta tendre.... et désolée épouse. ,

Contemple le résultat infâme de ta perfidie. Hoix^me à la fois, et Uçhe et traître, sii tu voulais m^assassiner, pourquoi n'es-tu pas venu m's^ttaqiier seul à seul? était-il nécessaire d'armer le bras d'une faible femme, de te servir de l'amour comme de l'instrument de la plus basse trahison ? La vertu et la iraleur de ces sauvages ne te fait-elle point honte ? Indigne, ton sang envenimé doit laver la tache dont se sont souillés les Espagnols.

ALMAGBO.

Avant , ce fer terrible doit se baigner dans le tien , orgueilleux I Combien de meui^tres a-t-oa déjà commis , qui soii^t le fruit des passions insensées que tu recèles dans ce sein coupable? J'ai voulu que l'amour offensé se vengeât par ses propres mains, et que pour l'éternel opprobre de ton nom une femme t'arrachât la vie. Je ne t'ai pas jugé capable de luttep avec moi sur \e champ de bataille ; mais si tu ^s homme, si tu as de la valeur, je t'engage à t'y rendre. Une grande partie de nos compagnons sui-r vent mon parti en détestant ta grossière avarice, et le despotisme que tU; veux exercer sur des hommes libres qui se sont réunis pour de grandes découvertes. Âlmagro ne te craint point; il ne reconnaît pas de droit plus grands que ceux de son épée.

ACTfi V, SCÈNE XïV. ^^

ATABALIPÂ.

Je n'dvâis jâttiak f:^ndë ^ue Ijê coénr eût tatit dè^ ibrté et de Gdtidtànee dans le malheur! jusqu'à mim excessive douleur me soutient! Barbares^ qu'àttetidez-vous? Soyez humains envers moi une seule fois ; arrachez-moi la vie. Je ne vois plus en vous des hommes divins , mais des bourreaux que le ciel envoie à la terre pour punir les crimes. Dans ce même pays, qui enfante des cœurs aussi durs que les vôtres, peut-être votre cruauté excitera-t-elle la terreur et la compassion. Atabalipa, dans son infortune , n'implore que la mort.

PIZARlfe.

Pour assurer ma conquête il faut bien t'acGorder cette faveur. C'est par elle que tu paieras l'offense faite à Pizarre en révoltant tes sujets à l'instant où. il t'offrait la paix et son alliance pour récompense de cette main glacée maintenant par l'injuste mort. (Il considère Sémira^yEX toi, homme superbe (iZ^^orfre^jc à Almagro ) , qui as tramé indignement la plus noire trahison, tu m'insultes et tu veux me disputer le pouvoir suprême. Viens-, nos armes vont décider lequel de nous deux doit s'asseoir sur le trône des Incas. Mais considère , avant que le sang des Espagnols se répande pour que notre ambition puisse se rassasier d'or , que cette découverte audacieuse , qui devait rendre nos noms obscurs agréables à la postérité la plus reculée, les fera devenir à jamais en exécration aux âmes sensibles , à cause des crimes hprri-

246 LA CONQUÊTE DU PÉROU, ACTE V, SCÈNE XIV. blés qui s'y rattachent. Les passions dëyastatrices ont un tel pouvoir^ qu'elles transforment presque toujours, dans leur fiireur insensée, la yaleur et l'héroïsme en des crimes qu'on abhorre et qui aTÎlissent.

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