‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 160 sur 292 · ACTE II, SCÈNE I. ayS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. ayS

MÉGIPSÂ.

Quand j'abandonnai mon royaume pour donner au peuple 'maître de la terre des preuves "d'amitié, et que j'unis aux légions de l'auguste Rome les trou*^ pes aguerries de l'Afrique ; quand je mis encore en avant ces tours portées sur des monstres ef&ayans^ je pensai que cette conquête dépendait de la première bataille. En voyant une poigneV d'hommes disputer dans de téméraires combats la liberté dont de grandes nations n'aVaient pu jouir, je crus t|ue la vue de nos armes était suffisante nour accabler quelques grossiers montagnards; mais «aujourd'hui les idées de vaine gloire, de pouvoir invincible, se sont dissipées " devant les* faits mémorables de ces hommes guerriers ; on ne vainc pas leur inti^pidité seulement en brandissant ses armes» Quiconque a dans l'âme de la valeur est susceptiUff (^'honorables idées. Le sénat peut par la douceur obtenir des avantages que la guerre lui refuse. Jamais les Lusitaniens ne seront domptés par un fer forgé dans Rome.

SERVILIDS.

Entraîné par de dures circonstances, donneraije au moryle asservi l'exemple d'un consul romain réduit à implorer la paix d'un chef de brigands qui, dans sa bassesse, prenaitsoin d'un misérable troupeau au* milieu des rochers? Cet opprobre cruel me ferme à jamais l'entrée du Capitole.

MÉCIPSA.

Le revers de ce jour a effacé par les effets de la douleur les réceus événemens qui causèrent ton

2^6 LE CARACTÈRE DES LUSITANIENS, chagrin ; mis en déroute soiiB les murs d'Êrissana , ton frère et toi--méme n'avez-yous pas jure la paix avec Virîatus, en respectant en lui le chef d'une nation courageute ? Si tu as déjà passé par Fangoisse d'accepter des conditions d'un Lusitanien , comment maintenant, après avoir perdu tes soldats, tes bagages > tes aigles ^t la victoire ^ te refuses-tu à traiter arec un guerrier qui a su vaincre? Il est de la prudence de tirer des ressources même de la disgrâce. Il est peu nécessaire de se rappeler la naissance ou les occupations de l'enfance quand l'homme s'est distingué \ devenu •ltti*-même l'auteur de son élévation , il mérite encore plus de gloire. Rappelletoi, moucher Servilius, quels furent les fondateurs de Rome. Une superstition honteuse et superbe a voulu leur accorder le sang de Mars, qui ne coula jamais dans^twirs veines \ mais quand une adroite tradition, vieillie par le temps, cessera de tromper les peuples !... Rome a souvent reçu des conditions forcées.

SERVILIUS. I

Non , tant qu'il me restera seulement un soldat je saurai soutenir la haute idée que le sénat s'est formée de mes talens. Mon malheureux frère connaît le supplice que cause un infâme trafté ; si je le signai également , je fus séduit par un lâche qui devait au moins espérer quelques; ressources de la fortune. J ai juré dans le temple, à Mars vengeur, de laver nos injures en subjuguant ce peuple orgueilleux. Quand mes armes n'ont pu vaincre, l'astuce , la tromperie , qui ne combattent pas , me rendront terrible à Fexécrable Lusitanie.

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