‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 177 sur 292 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

DXStALÉON, l'imilant.

Dans vos bras on voit fuir, comme une vapeur légère, les douleurs et les cuisantes inquiétudes.

MIN UR U s , n mitant à sott tour.

Quel jour heureux brille dans notre camp !

VIRIATDS.

Chers amis, ne laissez pas plus- long-temps mon cœur dans l'incertitude; exposez les causes de votre liberté inespérée. Un mouvement généreux est-il donc entré dans le cœur de l'atroce Servilius, ou craint-il le fer agité par les mains des Lusitaniens?

CURIUS

Le traître Servilius n'a point eu de part à notre fuite; nous avons été délivrés par le pouvoir des dieux, qui ont inspiré l'action la plus héroïque. J'ai vu Minerve couvrir nos corps de son effrayante égide, en respectant les nobles auteurs de cette fuite heureuse. C'est maintenant que vous allez être étonnés en entendant qui ils étaient. Sachez que parmi lea Romains. on a rencontré la vertu. Deux hommes ou deux divinités s'étaient ligués pour rompre les fers qui pesaient sur nos bras meurtris. Pendant une nuit profonde, tandis que nos gémissemens s'unissaient avec douleur au bruit des chaînes , nous entendons au dehors de la tente, que l'on gardait soigneusement, les murmures de douces voix^ A l'instant ces dietix se présentent; on voit briller dans leurs mains les fers rougis du sang des imprudens; ils saisissent courageusement nos bras, accablés par les fers : nos liens infâmes sont enfin

298 LE CARACTÈRE DES LUSITANIENS, détaches par des mains fayorables; et nous, rendus à la liberté ^ imitant la valeur de nos chères divinités ^ nous saisissons des fers tranchans. Les Romains que Morphëe retenait se sont réveillés sur les rives du Cocyte ; nous avons fait un carnage effroyable dans le camp ennemi. Les cris, les gémissemenSy le retentissement des armes, nous trahissent : on s'assemble en désprdre ; les . redoutables cohortes, ignorant d'où vient la mort, combattent les unes contre les autres au milieu d'une confusion terrible ; leurs alliés africains donnent et reçoivent la mort dans la mêlée. Cependant on en* tendait les accens ftirieux du vil Servilius, qui rappelait à l'ordre ses soldats. Quand nous avons cru suffisamment réparées les heures que xious avions passées dans un dur esclavage, et lorsque nous avons pensé que nos bienfaiteurs couraient le risque de leur vie , nous nous sommes échappés du milieu des ennemis par des sentiers tortueux et escarpés; et les premiers rayons du brillant Phébus doraient la cime des monts élevés , que nous avions déjà entendu les sons chéris des trompettes guerrières de la Lusitanie.

VJRIATUS,

Comment est-il possible qu'on rencontre lia vertu au milieu de gens accoutumés au brigandage et à la trahison ? Ce sont sans doute les dieux de la patrie y qui , déguisés sous les traits de soldats romains, vous ont délivrés de vos fers infâmes. Si ce sont des mortels bienfaisans, ou sont-ils ? je veux les embrasser; quoique Romains, ils ont des

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