LE THÉÂTRE PORTUGAIS
(jOMME toutes les nations qui ont marqué dans la littérature de l'Europe , le Portugal eut d'abord quelques poètes sans posséder un seul auteur dramatique. Sous ce beau climat, des hommes doués d'une imagination ardente avaient célébré l'amour, bien avant que l'on songeât à intéresser des spectateurs en représentant sur la scène les passions qu'il fait naître. L'Histoire littéraire des premiers temps nous fait connaître, dès iiSg, plusieurs chevaliers qui , semblables aux trouvères du midi de la France, commencèrent à donner une forme un peu moins irrégulière à ce langage, qu'on devait voir se prêter à exprimer les belles pensées des poètes du seizième siècle , quoiqu'il n'offrît à cette époque qu'un bizarre assemblage de langue romane, d'arabe et de latin. En effet, quand on jette un coup d'oeil sur les chansons d'Égaz , de Moniz , conservées par Faria , et qu'on veut déplorer avec lui les infidélités de sa maîtresse qui le conduisirent au tombeau , on ne peut point reconnaître la langue des Camoens , et même , comme l'a dit un critique estimé des Portugais , dans ces premiers temps de la poésie, l'invention gothique des rimes était presque l'unique caractère qui la distinguât de la prose. Dans le
treizième et dans le quatorzième siècle, des monarques portugais ne dédaignèrent point de chanter des événemens qui avaient produit quelques révolutions dans leur empire , ou de célébrer une science dont les Arabes enseignaient les élémens. Denis , cofinu par son véritable courage et par Ténergie qu'il déploya contre les Maures , compo'sa des poésies conservées dans quelques bibliothèques (i). Alphonse V, chanta, dit-on, la perte de l'Espagne par les Arabes, et ensuite les effets de l'alchimie; mais la langue qu'ils employèrent est presque autant dans l'ènfaiice que celle de nos auteurs du quatorzième siècle ; on commence cependant à voir dans d'autres productions de cette époque , que le goût de la poésie italienne se répandait dans le Portugal, et que Pétrarque avait été lu.
Quoique les premières années du quinzième siècle aient vu éclore un assez grand nombre de poètes , il ne nous a été presque rien conservé des plus célèbres ; et Macias, surnomihé TEnamorado, bien qu'il ait offert aux Portugais le genre qu'ils adoptèrent pendant long-temps , n'a laissé comme preuves de son talent que quelques fragmens peu considérables. Retenu dans une longue captivité, inspiré par ses malheurs, il chanta en vers galiciens toutes les infortunes qu'il avait souffertes. Sa naïveté intéresse , mai$ l'on ne peut s'empêcher d'être
(i) Faria dit qua ce roi fit de Coïmbre une nouvelle Athènes, et qu'il y rassembla les hommes les plus illustres dans tons les genres , en les faisant venir à ses frais des pays étrangers. On trouva a^ manuscrit de ses œuvres poétiques , à Rome y sous le règne ék Jean III , et i! y en avait un à la torre do Tombe , à Lisbonne. 11 est probable qu'ils se sont multipliés depuis.