‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 3 sur 292 · SUR LE THÉÂTRE PORTUGAIS. S · texte numérisé non relu

SUR LE THÉÂTRE PORTUGAIS. S

surpris de lui voir former une école aussi nombreuse; car il fut imité ^ dit'-on^ par uiie foule de seà compatriotes et même par les Espagnols. On a la malheureuse certi^ tude que g6$ chagrins n'étaient ^oint imaginaires i utl mari dont il avait excité la jalousie le tua d'un coup de javeline , en 1 49^ , et priva le couchant de l'Europe d'un homme qui pouvait encore avancer sa littérature. En-» traîné par une vive passion , ayant ^ dit-on , pour objet la sœur du roi Emmanuel , Bernardin Ribeî^o commença à chanter ses amours à peu ptès sur le même tôii y lûM avec plus de retenue. Ses Œuvres ont été imprimées. L'on remarque surtout dans ses églogues un véritable ta-^ lent; bientôt il fut suivi par d'autres poètes, n'osant pas créer un nouveau genre ^ quoique les grands événe* mens qui avaient agité le Portugal et se préparaient encore, durent présenter à leur imagination de briUans sujets. Vers cette époque la langue , qui s'était singulièrement enrichie, offrait quelques bonç écrivains en prose • parmi les historiens. Joaô de Barros , Bernardo Brito j Moraès contribuèrent peut-être plus que les poètes à la former et à la rendre susceptible d'être employée pa# lès grands hommes qui allaient paraître.

C'est vers l'année i5o5 que le Portugal commença i jouir des productions de son premier poète dramatiquie; Gil Yicente s'éleva tout à coup, sans autre maître que Les ahciens , et mérita le titre de Plante portugais. Son plus grand mérite fat certainement de venir à une épo-» que où les différentes » littératures ne possédaient rien encore dans le genre qu'il avait adopté. Sous le roi D. £mmanuel'^ au moment où l'on venait de trouver le chemin qvà conduisait aux Indes orientales, la cour db Portugal prit 'nécessairement uit nouvel éclat. Les jeux'enseigbéfr

par les Maures ne pouvaient déjà plus satisfaire les conquérans de l'Asie, on voulut même d'autres représentations théâtrales que ces mystères qui commençaient à moins convenir au goût d'une nation guerrière. Gil Vicénte^ après avoir composé ses autos sacrés, comprit probablement la nécessité d'amuser les spectateurs par des pièces' analogues à leur génie aventurier, et il donna dès lors ses comédies ainsi que ses tragi-comédies qui servirent peut-être par la suite de guide aux Quevedo et aux Lope de Vega. •

Ces drames eurent un succès croissant, et le goût s'en répandit avec une telle activité, que Jean III voulut remplir un rôle dans l'im d'entre eux pour se délasser de ses graves méditations sur le commerce de l'Asie. Quoiqu'un peu plus tard on ne voie pas admettre les femmes au théâtre , et que des jeunes gens soient chargés de remplir les rôles de leur sexe , on n'était point aussi sévère à l'époque de Gil Vioente ; car sa fille Paula fut regardée comme la plus grande actrice de son temps , et se fit distinguer par son habileté dans la plupart des arts d'agrément. L'auteur dont nous nous occupons acquit bientôt une telle réputation, qu'Érasme voulut apprendre le portugais pour se convaincre de son talent; et jugea qu'il avait surtout bien imité Térence. Selon la Bibliothèque lusitanienne, Gil Vicente ne livra pas de son vivant ses Œuvres à l'impression, mais il eut trois fils qui publièrent, en 1 56a , un volume in-folio contenant toutes ses pièces. Cette collection fut divisée en cinq livres, comprenant les autos, les comédies, les tragi-comédies, les farces, et enfin les pantomimes dont Bouterwek ne parle point. Malheurâ||feement cet ouvrage est devenu tellement rare

Cjue

qu'on ne^ût le rencontrer que très-difficilement , même

Page 1