SCÈNE VIII
Une forêt.
Il y a plusieurs jours que je roule dans mon imagination une pensée qui me cause beaucoup de soucis* Il se pourrait faire que mes ennemis eussent effacé la beauté de ma Dulcinée, pour lui donner les traits de Sancho Pança. Les motifs que j'ai pour penser ainsi viennent de la patience avec, laquelle cet écuyer souffre tous mes caprices sans recevoir aucun salaire , et de l'impossibilité où j'ai toujours été de voir ma dame dans sa splendeur naturelle. Il y a d'autant plus de probabilité à tout cela , qu'on lit dans les anciens livre» de chevalerie qu'une foule de nymphes ont reçu dans leur transformation des traits encore plus désagréables que ceux de Sancho Pança. Comme cette pensée ne laisse pas que d'être plausible , il serait bon de la tirer au clair. La diligence est mère du bonheur.