ACTE I, SCÈBE !X
de la poésie ; chacun de nous est un Apollon^ cha-*cune de nos idées est une muse.
APOLLON
C'est ainsi que vous osez manquer au t^espect dû à mes rayons diTins?
( Oq Toit paraître doD Quichotte , Sancho et Galliope. )
UN POÈTB.
Nous allons investir le Parnasse.
APOLLON
Tu arrives fort à propos ^ vaillant don Quichotte; ton épée seule peut assurer mon trône et mes lauriers. Viens, viens me venger de ces petits poètes qui , sans autres armes que leur présomption , veulent non-seulement m'arracher ma lyre, mais encore me chasser du Parnasse. Les armes et les lettres sont si fidèles compagnes , que je veux me servir de tes moyens pour les restaurer; la restauration de la sciencei et la violence que l'on me fait méritent d'ailleurs tous les efforts, de ta chevalerie ; c'est pour cela que je te demande tes secours.
Seigneur Apollon , je prends sur moi votre délir vrance, et dès à présent vous pouvez vous asseoir sur votre trône, personne ne peut vous en arracher.
SANGHO.
Monsieur tnon maître, je pense que je rêve. Que vous entriez au Parnasse , cela est naturel, vous êtes fou; mais moi pauvre ignorant, que je me trouve ici, c'est ce dont je ne puis pas revenir. J'en con-
4a4 DON QUICHOTTE,
durai dorénavant qu'il n y a pas de sot qui ne
monte aujourd'hui au Parnasse.
Dites-moi , seigneur Apollon , comment s'appellent les poètes qui tous persécutent tant ?
APOLLON
Et voilà le malheur, don Quichotte; les poètes qui me persécutent n'ont aucun nom, et pensent être plus que moi-même.
Dites-moi, poètes d'eau douce; dites-moi gre-^ nouilles croassant dans les mares de la fontaine Caballine; dites-moi, cignes contrefaits qui vous baignez dans la vase de l'Hippoçrèhe , quel motif tous engage à vouloir rivaliser le dieu de la poésie ?