ACTE II, SCÈNE IV
madame Dulcinée du Toboso ^ ni plus ni moins. Cependant comme il ^tait nécessaire d avoir cette figure sur la terre pour faire peur aux grandes per*^ sonnes, comme le fantôme effraie les petits enfans, on représenta une femme yétue à la Melpomène , parce que la justice s'achève toujours par une tragédie ; on lui mit un bandeau , parce qu'on prétend qu'étant louche , elle était sujette à se servir d un œil pour un autre; toutefois, comme elle devait marcher droit, afin qu'on ne s'aperçût pas de ce défaut , on lui couvrit les deux yeux ; le glaive à la main signifie qu'elle doit tout enlever à la pointe de répée , c'est-à-dire à tort ou à raison. Les docteurs qui parlent sur cette matière , ne déclarent point si c'était un glaive flamboyant, un espadon ou un fleuret. Mais je comprends de moi-même, et pour moi, que la lame était de papier, la croix comme celle des sbires , la garde de verre , le pommeau d'épices, et la poignée de métal; dans l'autre main notre jus-» tice avait une balance de deux fonds de melon comme les enfans; elle n'a point d'amis ni de répondans ^^'^ , mais après tout elle rend assez bon compte d'elle, et, quand on ne l'égaré point , elle est trèssage. Il y a quelqi^e temps , j'étais ferré sur cet article, parce que je puis vous dire que je m'étais mis la justice dans la tête; mais les chevaleries du seigneur don Quichotte m'ont obligé à fermer mes livres et même à en déchirer les feuillets.
L'HUISSIER
Je comprends l'énigme; maintenant puis-je appeler les causes pour l'audience?
SâNCHO.
Comment , drôle î les causes pour rnudience ! est-ce qu'elle est secrète ici? comment s'appelle cette île ? •
L'ÉCRITAI».
L'île des Lézards.