‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 28 sur 292 · ACTE II, sCÉNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, sCÉNE V

jours fidèle à mon roi , vassale respectueuse , j'ignore en quoi j'ai offensé la majesté.

DON A L P H O N S £. llla regarde avec colère.

Outre que lu es criminelle , tu emploies encore l'imposture. Tu as en vain recours à un trompeur artifice. Instruit de reste de ton crime , ta dissimulation m'irrite davantage. Oseras-tu nier que tu aimes mon fils?

^ Non , seigneur , je ne me hasarde pôîiit à lé nier ; et quand bien même je le voudrais^ je ne pourrais m'empêcher de confesser ce que mes yeux et là rougeur de mnn visage expliquent suffisamment. Oui , si c'est un crime d'aimer et d'être aimée , mon cœur^ seigneur^ est crimineL... mais je ne suis pas coupable.

' DON ALPHONSE

Que viens-tu de proférer? tu confesses toi-même ta faute, et tu dis n'être coin t coupable?

INEZ

Je suis vraie, et tu te trompes en m'accusa nt d'être dissimulée, je t'en ai dit assez. .. et je t'en dirais davantage si cela m'était permis.

DON ALPHONSE

Achève; dis : Quel aveuglement fatal, quel orgueil insensé t'inspire ces idées vaines et hautaines ! Comment , téméraire , as-^tu essayé d'avoir un empire absolu sur le cœur d'un prince ? ne voyâis-tu pas la distance élevée, inaccessible, qu'il y a de ton berceau au trône superbe?

IltTEZ.

Quand la passion de l'amour nous domine , la raison est troublée ; personne ne se souvient des fatales distinctions du berceau et du sang. Tous les mortels sont égaux devant Tamour; une âme vertueuse s*embrase seulement pour la vertu, et ce sont les vertus seules qui ont engagé Inez à aimer ton fils.

Et tu oses encore pa/rler de vertus ? Ne profane point un mot aussi sacré; dis plutôt que l'espérance insensée, l'avidité de régner, t'ont rendue coupable. Peut-être que déjà, fatiguée de ma vie , comptant la longueur importune de» jours, il te tardait de voir arriver le moment où , Alphonse descendant dans la tombe , et le trône laissant le champ libre à tes désirs , tu aurais ceint ton indigne front du diadème.

Quelle injustice!... Tu ne connais point le désintéressement de l'amour ; qui aime désire uniquement d'être aimé. Et contre un cœur tel que celui de don Pèdre, que sont les diadèmes? que vaut le monde ? Celle qui a obtenu l'empire de son âme aimante, ne veut pas d'autre empire. Les grandes âmes ne se laissent pas éblouir par la splendeur du trône; quand j'ai succom!bé à l'amour, mesidéesétaient aussi loin du sceptre que mon berceau. C'est pour cela <[ue je n'ai pas pensé, comme j'aurais dû le faire, à la distance rapide qui les sépare ; mais aujourd'hui je la vois assez, et je déplore davantage la condition

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