‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 41 sur 292 · DON ALPHONSE, DON PÈDRE, DON S ANCHE · texte numérisé non relu

DON ALPHONSE, DON PÈDRE, DON S ANCHE

Qui donc te retient en ces lieux ? Allons , suismoi à l'instant.

DON PÈDRE

Qui? moi, te suivre! l'abandonner! non, je ne t'obéis point.

AJDTE m; SCÈNE V. 83

DOK ALPHONSE.

Quentends-je? ô ciel!

DON PÈDRE

Je n'ai pas encore tout dit. Prête-moi attention ^ seigneur y il fisiut que je m'explique avec toij le Yoile se dëchire; il est temps ^ il est temps enfin que tu me connaisses ; pénètre dans mon cœur désespéré, tu le verras capable de vertus , capable de crimes si la tyrannie l'excite au crime. Tu sais que j'adorelnez, et tu projetaisde l'enlever à mon amour: quelle infernale furie te conseille de punir une femme inn<»cente , qui ne serait coupable qu'autant que la vertu deviendrait crime ? Espérais-tu donc que je pusse souffrir lâchement qu'on lui fît la moindre peine , et à plus forte raison une énorme injustice, sans la défendre, sans m'opposer aux desseins de l'inhumanité ? j'aurais été le plus abject des mortels si je l'eusse laissé opprimer.

DON ALPHONSE

Ah! ne poursuis point; tais-toi, rebelle. Je ne sais comment je puis retenir ma colère. Quelle audace ! Oses-tu murmurer contre mes décrets ?

DON PÈDRE

Non-seulement je murmure, mais j'ose les transgresser. La raison et le ciel même m'autorisent, je défends mon épouse. •

Ton épouse !

DON PEDHE:

Mon épouse, oui. Apprends que les liens de l'union

«4 I'NëZ de CASTRO,

la plus sacrëe m'attachent à Inez ; essaierais-tu donc

encore de l'opprimer?

DON ALPHONSE

Ne pense point me tromper , je ne te crois pas. C'est en vain que tu as recours à une ruse aussi a4roite. Quoi! une vassale épouse de mon fils!...

DON PÈDRE

Oui^ une vassale pour qui l'empire du monde entier seraijt encore trop petit. Rejette le doute, seigneur. Que rencontres-tu en elle que tu puisses juger indigne de ton fils ? Je ne veux point parler du sang royal qui, sortant de tes ancêtres, coulç dans ses veines ; d'autres avantages plus beaux , plus sublimes l'ennoblissent encore. Une vassale à qui le ciel prodigua a donné toutes les perfections que le ciel peut accorder, n'a pas besoin, pour être la digne épouse de ton fils, d'être fille de monarques. Si Inez est vertueuse, que lui manque-t-ril ? qui mérite mieux le trône que la vertu? Mais laissons ses qualités, Inez est ma compagne : cela suffit; elle est princesse, reconnai^la pour telle, et conserve-lui les égards dont elle est digne.

DON ALPHONSE

Oui, elle sera traitée ainsi qu'elle le mérite ; tu le verras bientôt.

Considère ce qu^tu fais; ne 'me contrains pas ^ eh devenant inexorable, à commettre d'horribleS*attentats. Si tu agis avec moi comme un bon père et comme un roi clément, tu rencontreras toujours en nu)i un sujet respectueux et un fils obéissant; mais s'il

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