ACTE III, SCÈNE V
arFirak que ta persistasses à enlever ma chère épouse^ contemple en moi un mortel ennemi qui, aveugle , furieux , désespère , n'écoutant que son transport^ sera capable d'horribles sacrilèges. En les évitant y retranche une injustice, révoque enfin ta barbare sentence»^
DON ALPHONSE
Oui, tranquillise-toi, elle va être révoquée pour une autre plus juste ; le sang de l'infime doit éteindre dans tou cœur les flammes qui te dévorent. *
BON FED RE, dans U désespoir. . - ' •
Avant que tu parviennes à frapper son sein, mes entrailles doivent être arrachées. Tout moa sang doit s'écouler comme un fleuve , aussi-biea que le tien s'il le faut.
DON ALPHONSE
0 ciel ! je tremble d'horreur î .
DON SANCHE
Seigneur, que fais-tu? Tu oses contre ton père...
DON PÈDRB.
Que viens-tu de dire? Un père! ai-}e encore un père? ( A don. Alphonse , as^ec le même transport de jfrenésie.)^on, non,, tyran; tu n'es déjà plu» mon père, je ne suis plus ton fils... Un cruel comme toi... Que dis-je, cependant?... avec qui parlé-je? où suis-je ? qui m'emporte ? L'enfer, toutes les furies me déchirent!... Qui parle? n'est-ce plus moimême! elles tonnent... Sacrilégje ! qu'ai-je fait?.».
DON ALPHONSE
Ciel ! tu es sourd ! où est la foudi^ ; qu'elle ue
86 TNËZ DE CASTRO,
tombe pas sur un monstre qui la brave autant ^
Vengeance! malédiction I...
DON PÈDRE
Je mérite tout. Ah! si les cietu:, encore tran-« quilles ^ ne grondent pas , c'est qu'effrayés peut-être de m'entendre^ ils craignent de laisser aller le tonnerre. La terre^ tremblante sous mes pas, yeuf S'Ouvrir^ et n'ose me dévorer ! jusqu'aux abîmes qui ont horreur d'un monstre qui a proféré tant de bla&* phèmes!... 0 terreur! ô remords!., crime détestable!... Mais, seigneur, le ciel siait que le cœur n'a pas eu de part aux paroles involontaires que Fenfer a fait sortir de ma bouche... L'enfer, que je renferme tout entier dans mon sein... ne méjuge pas coupable... Que dis-je?... Malheureux! je cherche encore à m'excuser!... En horreur à la nature et à moi-même, je n'ose point, seigneur^ implorer le pardon... Non , je n'en suis point digne. Déliyre-moi du poids de l'existence; que les lois sacrées de la nature vengent le respect dû à la majesté que j'ai foulée aux pieds dans ma férocité : Ttt dots donner en moi un exemple éternel au monde entier. Tachés de sang, que ces ihurs , qui eût entendu ma voix blasphématrice , apprennent aux siècles à venir ma déplorable fin : en les voyant que les générations futures tremblent de m'imiter. (// se jette aux pieds cf Alphonse. ) Je suis prosterné à tes pieds. Agite le fer; voilà mon sein, perce-le : Ne te rappelle point que tu as été mon père ;•.. je suis coupable : souviens-toi que tu es roi; châtie le crime, mais,... ah! ne frappe pas la veHu!.. sl^tu
AQTEm, SCÈNE VI. 8^
dokf m6 puotr comnae coupable^ tu dots absoudre inez parce qipi aile est inupcente. Mourir ne me coûté neQ, m^is jç oe puis conse^tir qu Ine% souffre^ et elle ne souffrira pas tant que je vivrai* Prétendre nous séparer est inutile. Je doute même que la mort puisse . faire autant. ( Mes^enant à lui. ) Excuse , en voyant mon amour^ ces transports. ( Du ton le plus pathé- 4iqi^. ) Je suis sensible ^ • • • j'aime ^ ... je suis aimé.
DON ALPHONSE
. Tous mes sens sont troublés;, plein de colère et d'horreur, je ne puis pas même parler : qu'on éloigne de ma vue ce rebelle. Conduit au château voisin , qu'il soit mis aux fers dans uue prison sûre. Don Sanche, je te confie sa garde ; juste cependant, quoiqu'inexorable , je ne décide pas quel doit être , dans le conseil d'état, le châtiment réservé à ses crimes et le supplice de l'infâme qui les motive. Tremble de ma fureur, misérable! tremble. Peutêtre que ce jour horrible sera, dans la longue série des âges , d'un éternel effroi pour le Portugal et pour le monde.
( Il tort. )