SCÈNE IL DON ALPHONSE, COELHO
DON ALPHONSE. • •
Cruels remords ! horrible châtiment de mes crimes ! Quelle foule d'afflictions ! quels maux cruels vont empoisonner le reste de mes jours ! Père infortuné ! . * . monarque malheureux ! . . .
COELHO
Excuse-moi, seigneur , si, tourmenté de la douleur dans laquelle je vois mon roi se plonger, j'ose te rappeler que tu dois la tempérer. Ta vie, seigneur, n'est pas seulement à toi , elle est aussi à ton peuple. Ah ! ne l'abrège pas à force d'affliction. Je sais combien il en coûte à un roi d'entendre les blasphèmes d'un
loo INEZ DE CASTRO,
fils qui , dans sa fureur ^ ne le respecte point ; n^ais tu dois penser qu*une telle audace est d autant plus excusable que la funeste passion qui ^ à ta grande douleur , a pousse ton.fils â s'en rendre coupable est plus violente. Un délit involontaire ...
DON ALPHONSE
Son crime ne vient point uniquement de la passion qui l'aveugle , une force plus grande l'entraîne au sacrilège; mais ce qui m'afflige davantage que son audace impie, c'est de voir que. je mérite un tel châtiment, juste effet des malédictions célestes. Oh ! remords cruels ! il fallait qu'un fils fut rebelle à un père comme moi ! Plus que lui j'ai été rebelle ; ingrat, je Tai été, je l'ai été aussi ^''^. Embrasé de fureurs, j'ai osé , quelle chose horrible ! prendre les armes contre Denis, mon père. Je lui ai déclaré la guerre; j'ai soulevé ses vassaux; je lésai désolés : j'ai ainsi, dans ma férocité , creusé sa tombe. J'ai foulé aux pieds toutes les lois de la nature, la nature veut maintenant se venger. Oui, fils rebelle, tu es le digne fils d'un père qui se révolta contre son père. Denis a supporté plus de choses de moi que je n'en souffre. Mais tu égaleras mes attentats , tu les surpasseras encore. Peut-être as-tu déjà tardé. Vous ne pouvez pas, ô cieux! laisser jamais impunis d'aussi exécrables sacrilèges. Implacables vengeurs de leurs aïeux, on voit presque toujours , par un juste châtiment , devenir mauvais fils les enfans d'un père qui a été mauvais fils. Denis ! grand Denis ! ombre irritée, ombre terrible qui te présentes devant moi] décharge sur ma tête criminelle, par la main de ton