‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 7 sur 292 · TRAGÉDIE EN CINQ AC^-ES · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE EN CINQ AC^-ES

Par Jean-Baptiste 6QMES.

* La pièce porte ce titre, pour la distinguer de la tragédie de Ferreira.

StJR

Les malheurs dînez , qui ont inspire au Camoëns des vers si touchans^ ont paru, chez presquie tous les peuples de l'Europe , dignes d^étre retrace sur la scène. La nation portugaise, qu'ils devaient intéresser plus que toutes les autres, les rappela , comme je l'ai déjà ob-* serve , k une époque où l'on ne s'occupait pas encore de la véritable tragédie. Ferreira, en adoptant ce sujet , suivit le trait historique dans, presque toute sa simplicité : il s'attacha à donner de grandes leçons dans les ch<eur& plutôt qu'à offrir une action compliquée j mais il rencontra tout naturellement des situations intéressantes , qu'il traita avec sa sensibilité ordinaire , et en y mettant un talent poétique ignoré des auteurs dramatiques du temps. Cette tragédie, qui seulement par son ancienneté méri-

terait d^à d'être mieux connue^ a probablement inspire Gomes, sans toutefois qu'il aitchercbé à l'imiter dans sa marche. Ferreira nous présente d'abord Inez parcourant les bords du Mondego avec les jeunes filles du Coïmbre , et faisant part à sa noiirt*ice du bonheur que lui prépare le prince qui lui a promis de s'unir avec elle. Don Pèdre arrive; après un fort beau monologue, il a une scène avec son secrétaire, que l'on voit faire tous ses efforts pour le dissuader de ses projets ; c'est à la fin que se trouve le chœur admirable des maux et des biens causés par l'amour. Au second acte , le roi paraît avec ses conseillers , et c'est là où l'on voit se déployer tout le talent de l'auteur j je suis parfaitement de l'avis de M. Sismondi , quand il dit que l'on croirait reconnaître le langage d'Alfieri. Le caractère d'Alphonse est peut-être mieux tracé que dans aucune des pièces qui aient paru sur le même sujet. Le sort d'Inez est résolu , le songe qui l'a avertie de sa Êttale destinée l'occupe au troisième acte. Le chœur lui annonce sa condamnation, elle va se jeter aux pieds du roi qui lui pardonne ; mais les cruels conseillers le font repentir de ce qu'ils appellent sd faiblesse ,

et le chœur à la fin du quatrième acte déplore la mort de Finfortunëe. Dans le dernier acte , qui ne contient qu'une scène ^ un messager vient apprendre au prince la funeste nouvelle : il se livre au plus terrible désespoir^ et voue son père à l'exécration. L'un des plus grands défauts de cette pièce , c'est de n'avoir fait paraître D. Pèdre qu'au commencement et à la fin ; il n'est plus qu'un personnage secondaire , et l'on est surpris que Ferreira ne l'ait pas mis en scène avec Inez , pour profiter des heureuses situations qui devraient en résulter. Gomès , comme on le verra , n'est point tombé dans cette faute ^ et il a même tiré un assez grand parti du caractère de D. Pèdre ^ que Lamothe n'a pas toujours aussi heureusement tracée.

Dans la tragédie française , une femme partage Fintérêt qu'inspire l'héroïne, et elle en mérite même davantage. L'histoire dit que Gonstfince était morte : l'auteur portugais s'est bien gardé de la mettre en scène. C'est Béatrix que D. Pèdre doit épouser : elle n'inspire aucune compassion , on la déteste même quand Alphonse veut forcer son fils à s'unir avec elle. Je sais qu'on chercherait peut-être

Théâtre Portugais, 3*

en vain dans la pièce que nous offrons , une situation plus dramatique que celle du troisième acte, où le prince arrive Fépée à la main pour immoler tout à sa fureur, et où Constance veut le sauver maigre ses torts envers elle. Cet effet vient un peu aux dépens du reste de la pièce ; elle s'achemine ensuite assez péniblement 5 malgré quelques belles scènes , vers un dénoûment que je ne trouve pas heureux, et ^^ qui s'éloigne entièrement de la vérité historique, puisqu'après avoir obtenu son pardon Inez meurt empoisonnée par la reine-mère.

Les deux conseillers omis par^Lamothe appartiennent à ^histoire , et leur nom se joint toujours au souvenir de la catastrophe. Ce sont deux ambitieux qui se chargent de tout Fodieux du crime , et qui font frémir lorsqu'ils le préparent. • •

Si D. Pèdre, dans la pièce que l'on va lire, ne résiste pas avec toute Fénei^ie qu'on pourrait attendre de lui, c'est qu'il est vaincu par les supplications les plus fortes de son épouse. On regrette néanmoins de le voir se rendre en prison comme le lui a ordonné le roi. Il est vrai qu'Inez n'est condamnée d'abord qu'à

^Pexîl, et que Pachéco décide sa mort avec Coelhô sans que le prinde en soit instruit. C?est au moment ou le rdi vient ptoriondei' la sentence^ qu'arrive Fhéroïne avec ses enfans ; mais cette scène , fort belle d'ailleurs, paraît un peu imitée de Ferreira j il est vrai que l'idée a dû en venir à tous les auteurs qui se sont occupes du âiéme sujet.

Le peuple se mutinant parce (jii'il craiût les désastres d'une guerre cruelle , est un moyen assez naturel pour suspendre Faction , et laisser aux conseillers le temps d'exécuter leur affreux projet ; ils n'attendent pas qné le roi , disposé à h. clémence, ait prononcé la sentence ; ils s'empressent de consommeir le crîine, et il en résulte une situation vraiment dramatiqpie potir le cinquième acte. Inez frappée d'un coup mortel, et voulant venir exprimer sa reconnaissance au roi , pour mourir ensuite à ses pieds ^ produit un effet déchirant à la représentation. La sitùattionde D. Pèdre devient terrible, lorsqu'il £tccourt avec l'espérance du bonheur , et qu'il voit le cadavre sanglant , de Son épouse étendu à ses pieds. Les inipfécatidns sont justes et bien amenées; et Pidéé d'annoncer le couronnement

dînez après sa mort est fort belle j elle se trouve bien plus développée que dans ces vers de Ferreîra qui ne font que Findiquer :

Tu seras câ rainha como foras ; Teus filhos sô por teus seraon iffajites ; Teu innocente corpo sera posto En estado real y etc.

Quoique les caractères soient en général bien tracés , on voudrait un peu plus d'énergie dans celui du prince don Pèdre, qui , en se livrant à la vengeance^ alla jusqu'à la cruauté. Son père conserve peut-être une couleur plus historique, Inez attire tout l'intérêt, et cela devait être ainsi : on l'aime parce qu'elle est véritablement amante , parce que ce n'est point le rang dont se trouve revêtu D. Pèdre qui le lui fait épouser.

J'aî dit^dans la notice précédente, qu'on connaissait une troisième tragédie sous le même titre , par Quita et Pédégache ; elle ne peut en aucune manière souffrir la comparaison avec celle- ci. Le prince surtout est un personnage pre^qu'insignifiant : il veut tuer l'ambassadeur deCastille 5 et c'est alors quele roi l'envoie en prison 5 où il se rend sans résistance ; il charge son confident Almeydade sauver son épouse : celui-

SUR INEZ DE CASTRO. 3j

ci obtient la grâce , mais trop tard , le prince en reparaissant a Tair indifférent à la mort qu'on lui annonce.

Lope de Véga , Guevara , Lacerda , Bermudez, ont traité ce sujet en espagnol sous des titres, différens. En 1796, un auteur anglais , nommé Edwards y s'en est emparé; il a mis en scène une princesse .Léonora , rivale d'Inez , qui est d'accord avec les trois conseillers. C'est une idée assez neuve que d'avoir introduit le père de l'héroïne sous un nom supposé , parce qu'il .craint qu'elle n'ait acheté de son déshonneur le rang qu elle tient à la cour. Ce personnage ajoute beaucoup à l'intérêt de la pièce , ' surtout quand on le voit enveloppé dans le complot d'Alphonse et de ses conseillers.

La tragédie de Gome$ jouit de la plus grande célébrité à Lisbonne , et elle me paraît digne d'être accueillie favorablement en France ; elle fait regretter que l'auteur ne se soit pas plus particulièrement livré au théâtre j c'était vraiment à lui qu'appartenait l'honneur de régénérer la gloire dramatique de la nation.

•»<»»»>»w>i^>»— ».<fM(t— ir>— n>iow>»a«i , , , ^ , , Br>-|„if,^,^rt>»i*wwnmt

PERSONNAGES

DON ALPHONSE IV, roi de Portugal.

DON PÈDRE, son fils.

DON S ANCHE , ancien gouyerneur du prince.

COELHO, 1 .„'

PACHECO, } ^^""^'

DON NUNO, camaristc du roî.

Page 1