‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 73 sur 292 · DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR

brûlé vif. Mais remplis ensuite de charité, touchés de compassion, ils le font baptiser par Valverde^ en ordonnant de le garrotter avant de le jeter dans le bûcher. C'est ainsi que finit dans ces régions Tempire des Incas. Tant d'atrocités ne restèrent pas impunies : au bout d'un court espace de temps , la discorde , suscitée par une sanguinaire ambition, désunit les conquérans du Pérou. Ils s'armèrent l'un contre l'autre et se livrèrent un combat terrible sous les murs de Cusco , dans lequel Almagro demeura prisonnier, son rival lui fit trancher la tête sur les lieux mêmes. Les amis de celui qui avait succombé, révoltés des extorsions et des cruautés dç Pizarre , l'assassinèrent en 1 54 1 ^

SUR

Apres Fauteur ai Iriez de Castro^ M. Pimenta de Aguiar est depuis quelques années le poète dramatique auquel les Portugais accordent le plus d'estime, et il mérite vraiment cette préférence. On pourrait lui reprocher peut-être le contraire de ce que j'ai dit relativement à Gomès, et sa fécondité est sans doute un obstacle à ce qu'il soigne ses productions autant qu'il pourrait le faire (i). La pièce que l'on va lire m'a paru infiniment mieux conduite que beaucoup de celles du même auteur, où l'on retrouve peut-être plus de beautés de détail. Il est vrai que le sujet a par luimême un genre d'intérêt qu'on chercherait en vain dans beaucoup d'autres. Un peuple inno-

(i) Parmi ses nombreuses tragédies, on remarque encore J^ir^ s£[inie , la Mort deSocrate , Jean /^.

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cent opprimé pat une poignée d'aventuriers, un homme généreux qui fait tous ses efforts pour conquérir son indépendance, le bonheur d'une nation sacrifié à Famour des richesses 'j toutes ces circonstances qui excitent l'indignation et la pitié dans l'histoire , ne peuvent pas manquer d'émouvoir le spectateur. Voltaire le comprit parfaitement lorsqu'il traita le sujet d'Alzire , et sa pensée depuis est venue à plusieurs auteurs dramatiques d'un grand talent. M. Pimenta de Aguiar a préféré choisir le nioment oiz les hahitans de Caxamalca voient pour la première fois les nouveaux conquérans. L'effroi que doit nécessairement inspirer leurs armes redoutables , la consternation qui doit naître à l'aspect de leurs vaisseaux , lui ont permis de peindre le génie de ce peuple bien mieux qu'on n'eût pu le faire en plaçant l'action dans un temps plus rapproché du nôtre. Tout cela sert encore à faire briller le véritable courage du héros , qui n'est effrayé ni par de vains oracles , ni par l'appareil que déploient ses ennemis. Un seul caractère convenait à ce personnage, sur lequel repose une gl'ande partie de l'inté-

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ret de la pièce. Sa tëmérité devait faire craindre continuellement pour lui ^ mais on aurait voulu qu^elle fût unie à la simplicité comme dans le héros d'Alzire j il repète trop souvent qu'il ne craint ni les étrangers, ni leurs armes. L'action se trouve interrompue d'une manière bien maladroite par les instructions religieuses qu'un conquérant vient donner à l'empereur. Ce morceau est d'une belle poésie , mais l'on peut malheureusement dire, ce n'était point là sa place. La scène dans laquelle Oscar surprend Pizarre avec Sémira, celle où Almagro veut faire périr son rival par la main d'une femme , échauffent l'action , sont d'un bel effet , et rappellent au spectateur les dangers que court le héros en le préparant aux émotions des dernières scènes.

En général, les autres caractères dont je n'ai point parlé sont' assez bien soutenus et conservent la couleur historique. Ce Pizarre et cet Almagro , qui surmontèrent tant d'obstacles pour se rendre maîtres de la plus riche partie de l'Amérique , montrent bien à décou- . vert leur courage , leur cruauté et la haine qu'ils conçurent l'un pour Fautre. Quelques

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personnes regarderont comme une faute assez grave pour Fëpoque où nous vivons , dWoîr appelé Fàmant de Sénaira , Oscar •, ce nom appartient aux nations du Nord et n'a jamais été adopté par celles de l'Amérique,

C'est surtout dans le dialogue que M. Pimenta de Aguîar laisse à désirer, et ses tirades , malgré les grandes beautés qu'on y remarque , ne produisent pas tout l'effet qu'on pourrait en attendre , à cause des longueurs. Quoique la versification de cette tragédie soit noble, souvent même harmonieuse , les épithètes oiseuses y sont trop fréquemment employées et se reproduisent d'une manière peu agréable, surtout quand il s'agit de les faire passer dans la prose française. Le devoir qu'on s'est imposé de donner des traductions fidèles ne m'a pas permis de faire disparaître ce défaut , quoique j'aie cherché à l'adoucir.

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