SCÈNE PREMIÈRE
Une salle du palais.
PALIMA, SÉMIRA, AK ALLIA et DRUZA.
PALIMA.
Bannis, çh-ère Sëmira, les soucis rtmers tfiie ton cœilr ëprouye dans sa tristesse. Uii Dieu bieiiiaisant et sublime »e peut pas créer des enfans qui déviennent des monstres : bien souvent le soleil cache ôôii disque ehtre des nuages effrayans, d'où il n'envoie V0rs la terre qu'un faible rayon ; mais , écartant tout à coup les vapeui^s épaisses qui l'en*vironnent, il vient plus brillant dorer notre hémisphère,
SÉMIRA.
Tout ce qui s'écarte des lois de la nature nous effraie. N^as-tu pas vu d'énormes monstres aux corps immenses, aux ailes étendues, sillonner les ondes bleuâtres de l'Océan, et vomir de leur sein caverneux ces étrangers sur les tranquilles rivages de
ï48 LA CONQUÊTE DO PÉROU,
notre empire. Couverts d'iw inëtal obtenir et îrape^
nëtrablc, contre lequel les ûécliès émp(>isonriéeà
viennent s'ëmousser, ils lancent parleurs tubes ef-
frayans des foudres encore p}:u& terribles ^qua celles
qui nous sont envoyées par le ciel dans un temps
orageux.
AKALLIA.
Je les ai vus avec crainte ; la mort semble devoir suivre leurs pas ; à peine quelques-uns des nôtres étaient-ils rassembles y qu'à leur v^i^^ ou^a entendu retentir le tonnerre qui remplit les cœurs d'effroi. Les malheureux Péruviens, saisis d'une peur convulsive en se voyant assiégés ainsi, laissent tomber de leurs mains tremblantes des armes impuisssqites contre les fils du soleil.
DRUI^A.
Ces êtres que le ciel envoie peut-être- pour punir nos crimes, que veulent-ils faire, armé^ du feu, de ces malheureux habitans qui jamais ne les ont provoqués? Us parlent d'un vaste monde^ de nouvelles nations, de rois puissans, de climats éloignés , d'un Dieu qui a fait le soleil, d'un culte différent ^ de lois nouvelles, de nouveaux usages, enfin d'un état nouveau.
SÊMIRA.
Voici la fatale origine de mes craintes. Quand le soleil, cachant ses rayons dans le temple d'or, parlait quelquefois à nos pères d'une voix douce et complaisante, il leur prédit un jour d'un ton effrayant que les pesantes colonnes du sanctuaire s'écrouleraient, que l'on verrait arriver ici d'un autre hé-
' ÀCÎE I,^CÈNE IL ' t49
misphère ses è»fans armés du féu^que râititique empire des lûcas finirait par suû($l>iBLber sous les efforts 4e ceux qui dirigent la foudre , qti^e son eulte enfin devait cesser à cause de nos crimes ^*^.
^ PALIMA.
Sémira^ ne remplis pas mon âme d'idées effrayantes ! Dans cet être suprême qui brille plein de splendeur, dont le cours imperturbable forme l'harmonie des saisons invariablement fixées, qui éclaire la face de l'univers, et qui, quand il cache sa chevelure dorée, laisse la terre livrée à la mort et au sommeil; dans cet être, dis-je, qui, à une époque marquée , renaît pour paraître plus agréable , plus réjouissant, et donner sa brillance lumière , ainsi que la chaleur vivifiante dont il anime tout, je ne vois qu'un dieu bienfaisant répandant le plaisir sur les mortels. Si ces géans que des monstres marins ont amené de l'Orient sur nos rivages sont ses fils, ils ne peuvent être cruels ; des peuples paisibles qui ne les offensèrent jamais ne méritent point d'être foudroyés par eux. Notre humilité va désarmer leurs bras,^