‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 106 sur 310 · VIRGINIE, JULIE · texte numérisé non relu

VIRGINIE, JULIE

VIRGINIE

Epargne-moi tes conseils , Julie ; je ne yeux ni ne peux les écouter ; ma faiblesse est un crime ; elle doit exciter toute mon horreur. La mesure de mes malheurs n'était-elle donc pas encore comblée ? et fallait-il qu'un amour renaissant vînt accroître l'horreur de mes tourmens? Je me serai dono réfugiée auprès d'Appius ( ô honte ! ô comble de douleur ! ) pour traîner à ses pieds un cœur faible , désespéré, qui a oublié son injustice, qui l'aimé encore, et n'attend que le moment de se donner de nouveau ! Je m'arrête pour m'épargner à moi-même une juste rougeur. Mais toi qui vois ma faiblesse , mon danger ; qui depuis trois ans la consolation , l'amie de Virginie, as recueilli les soupirs arrachés à son cœur ; toi qui connais sa crainte de ne pouvoir en ces lieux cacher aux yeux d'Appius une flamme qui la rend criminelle, sauve , si tu le peux , l'honneur de son nom. Quittons ce palais ; cherchons une chaumière où l'oubli nous accompagne , où mes larmes

i4* VIRGINIE,

puissent couler en liberté , et qu'Appius ne retrouve

jamais Virginie.

JULIE

J'attends vos ordres; je vous ai consacré ma vie ; je connais vos combats et vos périls ; vous n'avez pas seulement Appius à redouter , vous devez aussi compte de vos démarches à un père. L'époux qui vous est destiné, en proie à la méfiance, reprochera à votre vertu l'asile que vous avez choisi. Sicinius m'est connu ; son esprit jaloux se rappellera la froideur avec laquelle vous l'avez traité ; elle semblera lui donner le droit de troubler votre repos ; elle excitera son dépit contre Appius , et lui fera chercher un motif criminel à la protection que vous lui avez demandée. Près d'un père abusé....

VIRGINIE

Arrête, Julie, n'en dis pas davantage. Tu connais la faiblesse de Virginie , connais aussi sa fierté. S ici ni us, il est vrai, sert mon père et l'état , en leur prêtant son puissant secours contre Appius. Le sacrifice de ma main assure à mon père un appui contre mon amant ; mais quelque précieuse que soit la protection de Sicinius , il n'a pas encore le droit de me demander compte de ma conduite ; je lui ai promis un nom sans tache, un cœur pur : que peut-il exiger de plus , et à quel titre oserait-il se plaindre ? Ma vertu a suffi jusqu'à présent pour diriger mes pas ; et j'ai l'orgueil de croire que , sans crainte de m'égarer , je puis suivre encore ce guide. Qu'ai-je fait pour trembler devant un père équitable ? Je connais l'inimitié qu'il a jurée à Appius ;

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