ACTE II, SCÈNE I. i
mais la lui a-t-il jurée au prix de mes jours? Lorsque j'ai vu ses foyers embrasés près de s'écrouler sur moi , et que des hordes furieuses, poussaient dés cris de meurtre et de vengeance ; lorsque la peur ma forcée à quitter l'asile où je m'étais réfugiée ; était-ce un crime de chercher mon salut plutôt que d'augmenter par ma mort le triomphe de ces barbares? Ài-je commis un crime de réclamer la protection de celui qui dans ce moment de trouble se faisait seul écouter et obéir ? Quel autre qu'Appius aurait pu être mon défenseur ? Qu'a fait Sicinius pour protéger mes jours ? Sont-ils en sa puissance ? et peut-on me reprocher de n'avoir point péri par égard pour ses préventions ? Mon père ne sera pas sévère à ce point, La générosité d'un ennemi sera louée comme elle mérite de l'être. Si j'existe encore , s'il a encore le bonheur d'être père, il le doit à celui dont le nom lui est en horreur: dans le danger , de lâches amis se cachent; trop souvent nous devons tout à nos ennemis,
JULIE
Cependant. .. si, comme on le dit (et je ne puis le croire), Àppius a ordonné , approuvé cette violence ; et si votre père , en croyant les bruits répandus par la haine, laisse égarer sa justice....
VlllGINIE.
Ah f Julie ! la calomnie a toujours poursuivi les grands hommes ; de quels crimes n'a-t-elle pas cherché à ternir leur mémoire ? Elle n'a été inventée que pour consoler les âmes viles ; elle est répandue, écoutée avec plaisir par un peuple crédule j
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mais les cœurs généreux méprisent ces clameurs. Les sentimens d'Appius ne me sont-Us pas connus ? Il est emporté ,*mais grand ; injuste dans sa colère , mais jamais avec préméditation. La vengeance a de l'empire sur lui , mais la bassesse.... non.
JULIE
On ne peut croire , en effet , qu'une émeute qu'il s'est efforcé d'apaiser, en employant même les menaces, ait été excitée par lui. Défendue par son courage, Virginie sait mieux qu'une autre avec quel noble dévouement, avec quelle humanité...
VIRGINIE
Ah ! cherche plutôt à cacher ses bienfaits à mon cœur ; effaces-en une image que je dois oublier. 0 toi, que j'aime encore quand je devrais te haïr, cruel objet d'un penchant qui fait mon crime, toi de qui seul dépend toute ma félicité ! ah! lorsque j'avais le droit de nourrir ces sentimens, dans ces jours d'innocence et de bonheur où tout nous unissait , où le dieu de l'hymen flattait mon espoir du nom de ton épouse, qui nous eût dit alors que bientôt viendrait un jour où Virginie tremblerait de ton regard, où ce serait un crime pour elle de t accorder un faible droit sur sa pensée? Mais tels sont , chère amie , les décrets du sort ; il nous impose des lois pour aimer et pour haïr. Ce n'est point assez de fuir pour toujours un amant , un ami , il faut encore le détester. Voilà le destin cruel auquel je suis condamnée.
JULIE
Je sais que votre père ne peut oublier une in-