ACTE II, SCÈNE I. i/j
jure; qu'il donne à ces dissensions un nom qui éloigne Appius depuis long-temps de lui et de vous. Mais Appius vous aime : tout peut encore changer ; les liens rompus par la haine peuvent se renouer de nouveau , et le retour de votre père me semble présager de grands événemens.
VIRGINIE
Virginius n'a point appris à manquer à ses promesses. Il a disposé de ma main , elle ne peut plus être donnée. En vain j'aime encore Appius : il a perdu ses anciens droits, le destin nous sépare. Mon père paraît peut-être trop sévère , mais il est Romain. Son amour pour la liberté, sa haine pour une puissance dangereuse, son zèle pour l'état, l'ont souvent animé d'une juste indignation contre Appius. Cachons ses fautes ; Rome les a vues , et elle en a été consternée. Son âme est noble et généreuse ; mais la route qui l'a conduit au pouvoir a souvent été marquée par des traces de sang. Ces funestes objets parlent bien haut contre mon amour, et cependant l'arrêt du sort me plonge dans une douleur profonde.
JULIE
Il a suivi autrefois vos conseil»; il vous aime en-» core , tout peut être réparé. .; *
VIRGINIE
Ah, Julie! laisse-moi le trouver criminel. Prends pitié d'une amante faible et désolée , qui s'efforce de résister au penchant qui l'entraîne. Il m'aime, dis-tu? S'il en était ainsi, mon sort et mes devoirs devraient lui être mieux connus. Depuis trois ans
Théâtre Suédois. « 1 0
i4^ VIRGINIE,
a-t-il seulement cherché à découvrir la retraite de Virginie? à connaître ses pensées? Sait -il les nouveaux nœuds quelle a formés? et quoique tout ait été rompu entre nous , semble-t-il soupçonner que j'aie pu faire un autre choix ? Il se croit trop grand pour craindre un rival.
JULIE
Il ne connaît pas le sien.
VIRGINIE
Pour comble d'injure, il a mis une distance ignominieuse entre nous ; ma naissance est l'objet de son mépris.
JOLIE
Vous lui reprochez cette nouvelle loi qu'il va , dit-on , publier ; mais Appius imposera-t-il une défense facile & éluder ? Sicinius vous aime ; sa naissance ne cède point à celle d' Appius.
VIRGINIE
Je ne hais point une loi qui me rendrait ma liberté. Je dois haïr Appius , son souvenir , et l'offre de sa main.
JULIE
Tout à l'heure, cependant, sa tendresse semblait avoir touché votre cœur.
VIRGINIE
Puis-je ne point être reconnaissante de ses bienfaits ? Ah ! ne cherche point, avec un art qui ne te réussit que trop bien , à découvrir la faiblesse que je veux en vain ensevelir au fond de mon cœur. Aide-moi plutôt à me la cacher à moi-même ; sou-