‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 117 sur 310 · ACTE m, SCÈNE L i · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE L i

VIRGINIE

11 n'avait point demandé cette larme pour prix de sa vertu ; il en est d'autant plus digne. Oui, seigneur, je ne vous cache point combien sa mort afflige mon cœur; mais le devoir seul lui offre ces pleurs : ils ne sont point versés sur moi, sur un lien brisé, ils coulent pour le bras qui prbtégeait ma patrie. Je n'ai pas cru qu'ils pussent exciter l'envie d'Âppius*

Tout, oui, tout en Sicinius fait naître ma jalousie : ses vertus, leur récompense, sa vie liée à la vôtre, sa mort belle comme sa vie ; je hais sa supériorité'. Virginie, écoute-moi , connais enfin ton amant, Oui, j*ai peut-être désiré la mort de Sicinius; mon plus grand ennemi est tombé. Sa haine d était pas seulement celle d*un Romain ; il détestait aussi en moi un rival; en affectant de servir le peuple , il n'aspirait qu à te mériter, qu'à t'obtenir, Cependant, s'il était au pouvoir de l'homme de le rappeler à la vie, je te jure, au nom des dieux protecteurs de Rome, que , bravant la haine qu'il ne cesserait de me porter, je serais le premier à rendre mon rival, mon ennemi, à la patrie, à son épouse; je mourrais en le voyant posséder Virginie, mais je mourrais plus grand que lui. Crois-en mon espoir, Rome n'a pas encore perdu le plus digne de ses enfans : le moment peut venir où tu pleureras ainsi quelle celui que tu désespères maintenant,

VIRGINIE

Ah! seigneur, si tel était votre dessein; si vous

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faisiez ces promesses à Rome , à la liberté ; si elles pouvaient vous réconcilier avec un père irrité; si un espoir aussi flatteur.... ( Avec trouble.) Ah! je m'oublie !

Poursuis, au nom des dieux, et crains de retenir cette parole céleste qui allait t échapper. La mort a rompu les liens du devoir; que tes lèvres ne démentent pas ce que tes yeux mont déjà dit. Sois toi-même : oublie mes forfaits; rends-moi un cœur qui m'a appartenu , un cœur qui me pardonne ; réconcilie-mot avec Rome, avec moi-même; ranime cette étincelle de vertu qui vit encore dans mon âme; elle m'élèvera si haut que la haine de ton père sera obligée de lui céder. Ah ! ne me cache point ce regard dont ma vie dépend : dis que tu ne détestes point le souvenir de ces jours où l'innocence et l'amour unissaient nos cœurs; dis que l'espoir est encore permis à celui qui était alors l'objet de ton affection. Ah!.. . tu me rends la vie : cette larme que tu veux me cacher m'a tout dit; elle a parlé; une haine irréconciliable n'a point cette expression : c'est celle du pardon, de la tendresse... •

VIRGINIE

Barbare , i'as-tu méritée ?

APPiua

Non.... mais je la mériterai. Que l'enfer, que les cieux entendent mon serment ! mais ce que je n'ai pas le droit de réclamer comme le prix de la vertu , laisse-moi , oh ! laisse-moi croire que tu le donneras au repentir.

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