LA TRAGÉDIE DE SUNE JARL
ou
LA MORT DE SVERKER
L e nom du comte Gustave-Frédéric de Gyllenborg tient un rang des plus distingués parmi ceux des membres assez nombreux de la no* blesse suédoise qui n ont pas dédaigné la gloire des travaux littéraires. Pour s'y livrer tout en- ■ tier j il abandonna de bonne heure et la carrière des emplois civils à laquelle il avait été d'abord destiné, et celle des honneurs où semblaient Tappeler sa naissance , les services de sa famille et le rang qu'elle tenait à la cour. Le séjour même de la ville lui parut peu favorable au culte des muses , et c*est principalement dans
la solitude de la campagne et dans le sein de l'amitié qu'il leur a consacre une longue vie , qui, commencée en 1781, afiui le 3o mars 1809. Des sympathies de tous les genres avaient formé dès l'enfance , entre le comte de Creutz et lui , des nœuds étroits que la mort seule a pu dissoudre. Ils eurent surtout de commun un goût passionné pour les lettres , et un talent également distingué pour la poésie. Leurs ouvrages achevèrent , dans la langue et dans la littérature nationales , la révolution que ceux de Dalin avaient commencée : ils prouvèrent qu'un idiome encore âpre et sauvage pouvait acquérir, sous une plume habile , de la flexibilité, de la douceur , de la politesse et de la grâce , et se prêter à tous les tons. C'est ainsi que le fer, assoupli sous le marteau , prend à volonté , entre les mains de l'artiste, les formes les plus élégantes, les contours les plus nobles et les apparences les plus légères. Accueillies avec enthousiasme par un public auquel elles procuraient des plaisirs si nouveaux , les productions des deux amis excitèrent la plus louable émulation parmi les écrivains , contribuèrent à épurer leur goût en même temps que celui des lec-
SUR GYLLENBORG ET SUR SUNE JARL. a»5
teurs , et créèrent une école dont l'utile influence a survécu à ses fondateurs.
Ce fut essentiellement dans la littérature française qu'ils puisèrent leurs principes et qu'ils cherchèrent des modèles ; et quoique cette prédilection leur ail été amèrement reprochée par les écrivains germaniques , elle n'a pas empêché que les principaux ouvrages du comte de Gyllenborg n'aient été traduits en danois et même en langue allemande.
La haute réputation dont ces productions jouissaient en Suède, valut à leur auteur les témoignages les plus flatteurs de l'estime de la reiue Louise-Ulrique qui , digne sœur du grand Frédéric , aimait et cultivait les arts 7 et mettait sa gloire à leur accorder une éclatante protection. Et quand plus tard le fils de cette princesse institua l'académie suédoise , le comte de Gyllenborg déjà presque sexagénaire , appelé l'un des premiers à y prendre place , vint y donner l'exemple d'une ardeur où brillait encore tout le feu de la jeunesse, et qu'il a conservée jusqu'à son dernier jour.
Son talent poétique s'est exercé dans presque tous les genres; et si ce n'a pas été toujours
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avec le même écht, il n'a du moins jamais éprouvé d'éclipsé totale.
Son Essai sur Vart poétique , celle de ses compositions qui a réuni le moins de suffrages , et à laquelle on reproche, non sans quelque apparence de raison , trop d'uniformité , de langueur, d'absence de cette vie qui anime les préceptes donnés sur le même sujet par Horace et par Despréaux , renferme cependant des détails dignes du poète français dont le poëte suédois s'efforce principalement de suivre les traces , et, comme l'a dit M. Catteau-Calleville, des morceaux pleins desprit et de goût.
Le comte de Gyllenborg a aussi chanté les saisons, et il a su répandre sur ce tableau, spécialement dans les chants du printemps et de l'hiver , les couleurs propfes au climat et à la nature , aux travaux et aux mœurs qu'il avait à peindre.
Les vices et les travers de la société n'ont pas échappé au poëte philosophe; il les a poursuivis avec le fouet de la satire ; et dans celles qui ont pour titre mes Ennemis et les. Détracteurs du monde , il a déployé une énergie d'expression et une vigueur de pinceau qui n'ont pu être