SUR GYLLENBORG ET SUR SUNE JARL
puisées que dans l'indignation d'une âme vertueuse.
Observateur non moins judicieux , mais moraliste plus doux dans l'apologue , il s'est rapproché , autant qu'il l'a pu , de la naïveté spirituelle de La Fontaine , et sous un tel guide il a surpassé tous les fabulistes de sa nation. Il a aussi emprunté à Ésope quelques-uns des sujets qu'il a traités; mais ses propres inventions ne déparent pas celles qu'il a imitées , et ses aimables leçons font briller la douce lumière de la vérité à travers le voile ingénieux et transparent dont il les a enveloppées.
Il y a de l'énergie , de beaux mouvemens et de * grandes images dans ses odes sur la Force d'âme et sur les Plaisirs et les Misères de l'homme ; mais les odes les plus renommées , en quelque langue que ce soit , n'ont que de belles strophes , tant il est difficile que l'enthousiasme poétique se soutienne long-temps à la même hauteur , et la muse du comte de Gylienborg a, comme celle de tous les poètes lyriques, quelquefois abaissé son vol.
Elle a glorieusement embouché la trompette héroïque dans une épopée sur le Passage
des Belts : c'est la fameuse expédition dé Charles -Adolphe, au mois de janvier i658. Il franchit sur la glace, en combattant à la tête d'une armée de vingt mille hommes, infanterie , cavalerie , artillerie , bagages , les deux détroits , l'un large de près d'une lieue , l'autre de six , qui séparent le Danemarck de la Suède, et il vint en vainqueur à Roschild dicter les conditions d'un traité par lequel furent incorporées pour jamais à la Suède les provinces que les Danois possédaient au delà du Sund. Ce sujet est bien simple pour un poème épique, et il fallait sans doute une riche imagination pour le féconder : celle de l'auteur , quelque brillante qu'elle fut , n'a pas suffi pour donner un coloris également éclatant à toutes les parties de ce vaste tableau. La critique y a repris des répéfc titions et des longueurs , et des épisodes disproportionnés et pas toujours assez habilement liés à l'action principale : en un mot , l'Homère suédois a quelquefois sommeillé; mais, lorsqu'il ne dort pas , son génie se montre plein de force, de hardiesse et de vivacité; son style, suivant l'expression de juges capables d'en apprécier le mérite, est ravissant, et ses descriptions éga-