ACTE I, SCÈNE t
Vous le savez : Sune Jarl arraché de mes bras , enlevé par Sverker, fut forcé de le suivre dans sa fuite. On tenta d'égarer son jeune cœur, de me faire un ennemi de mon fils. Mais, grâce au ciel, Sune m'a été rendu. Kongslena, ce château, qui deux fois vit fuir le Danois témoin de ma victoire , le fut aussi du retour de ce fils que j'avais perdu , qui , à mon nom, rompit son épée criminelle , et se pressa contre mon sein. Le sang qui coule dans ses veines est redevenu suédois. Prince, si les soins de son père ont trouvé grâce devant toi , si une prière est permise à l'interprète de ton peuple, que le zèle de Sune pour ta personne et pour tes droits parle en sa faveur; mais, s'il oubliait son devoir, son arrêt est prononcé.
FAL$ BURE
Nous approuvons cette décision d'un commun accord. La noblesse assemblée me charge de porter aux pieds du trône l'assurance de son amour et de son dévouement. S'il est parmi nous quelqu'un qui ne veuille point conserver pour la race d'Eric 1% fidélité due à ses vertus, à ses malheurs, qu'il soit rejeté de notre sein. C'est à cette noblesse que je te présentai, prince, lorsque j'eus le bonheur de te soustraire au glaive qui moissonna tes frères; ce fut son horreur pour le meurtrier de ta race qui hâta la chute de ton tyran ; ce fut elle qui soutint tes droits; son amour affermira ton trône si des Suédois téméraires essaient de nouveau de l'ébranler. Ta noblesse sera ton rempart, et tu feras sa gloire. Que Sverker cherche encore des secours chez nos voisins, un roi de Suède à la tête de son armée ne
a38 SUNE JARL,
craint point une puissance étrangère. {A Folke Jarl. ) Toi qui nous rends le trésor que nous t'avions confié, qui rends un roi au trône conservé par tes soins, tu as acquis des droits éternels à notre reconnaissance. La vue de notre souverain nous dit tout ce que tu as fait pour ton pays; notre réunion et raffermissement de ce trône désormais inébranlable, tout est le fruit heureux de tes soins. Sune Jarl, quoiqu'il n'ait pas voulu tourner ses armes contre Sverker, couvrira ton front de nouveaux lauriers. Une fausse apparence d'amitié l'abuse peut-être encore ; mais le fils de Folke est au-dessus de tout soupçon : le zèle qu'il vient de montrer pour les intérêts d'Éric, en combattant les Danois, ne peut que s'accroître par son triomphe même sur ces hordes étrangères; et la gloire d'en avoir délivré- la Suède sera un nouveau gage de sa fidélité. 4On l'attend.... et nous espérons, prince, t'élevér aujourd'hui sur nos boucliers victorieux.
ÉRIC
Votre attachement , vaillante noblesse , est l'héritage le plus précieux que m'aient laissé mes ancêtres: je l'estime plus que leur couronne, que ce jour voit replacer sur mon front. Votre sort est lié au mien; le malheur, la prospérité, tout devient commun entre nous. Je réclame voire zèle , nonseulement pour moi , mais encore pour vous-mêmes; j'espère cependant que vous ne serez point obligés d'essayer la force de votre bras contre des concitoyens. Le sang de mes frères ne peut, je le sais , être apaisé que par le sang ; mais le peuple suédois demande à respirer, et mon amour l'em-