ACTE I, SCÈNE V. ft
■ meacé cette absence qui désole son cœur, on voit les fleurs du jeune âge se flétrir sur ses joues ; son œil est obscurci des pleurs continuels qu'elle répand. Chaque nouvelle aurore fait redouter le coup qui doit terminer sa vie et son amour. Crains, Odin, crains les grâces affligées qui versent leur dernière douleur dans le sein d'un père.
ODIN
Je puis m'en affliger; mais les craindre, non, Sigurd; la crainte n'appartient point à Odin. J'avouerai cependant que lorsque j'ai troublé l'harmonie qui régnait entre nous, j'ai plus consulté le bonheur de l'état que la reconnaissance. J'ai peut-être suivi trop aveuglément un préjugé qui ne me faisait voir dans mon ami qu'un Sa r mate, qu'un sujet dont l'alliance sans éclat ne serait d'aucune utilité; la nécessité me força de rompre cette union ; la nécessité demandera peut-être plus tard que je la renoue. Un sujet me paraissait un trop faible appui pour mon trône, et j'ai désiré que mon fils, destiné à porter la couronne, se choisit une épouse plus digne de son amour que la fille d'un simple Scythe qui ne possède qu'une tente, un troupeau, un champ , un char de guerre , et son épée. J'ai cru que l'amour de la fille d'Asmun pour mon fils était un sentiment peu profond, que l'habitude de le voir avait fait naître, et dont le temps et l'absence triompheraient facilement. Je me suis trompé; tout me menace ; Yngvé , depuis trois étés sur les bords du Nil, y est encore dévoré de sa passion, tandis que le faible père de Thilda (apprends ce secret),
2t4 ODIN,
s'unissant avec Pompée, emploie sa haine, ses par-» tisans, son pouvoir , -pour venger sur i^on trône l'injure faite à sa fille.
SIGURD
Quoi! Asmun!.... avec Pompée!.... Le traître oserait....
ODIN
Il n'est que trop vrai ; tout ma été révélé ; j'ai pénétré ses desseins perfides. Il rassemble les forces d'un parti caché, pour s'unir contre moi, avec l'armée ennemie....
SIGURD
Lui ? Asmun ? Quelle horreur ! Imposer aux Scythes le joug des Romains !
ODIN
Et ces chaînes qu'il prépare à sa patrie , pourrastu le croire ? il les paye de la main de Thilda.
SIGURD, »▼«• nirprise.
Elle est aimée de Pompée !
ODIN
Depuis trois ans . Tu te rappelles qu'à cette époque il vint dans laScythie; son amour, alors repoussé, a été approuvé depuis , et la main de la fille est le prix de la protection qu'il accorde au père. Sans doute , ce n'est pas seulement pour servir la vengeance d' Asmun que Pompée s'arme contre nous : il est guidé par de plus puissans motifs. Pour vaincre une nation dont le crime est d'être libre , il se sert, avec la ruse d'un Romain, de la haine d' Asmun ,