ACTE I, SCÈNE V. ?S
4 et espère obtenir par artifice ce que les armes lui auraient refuse.
SIGURD
Projet affreux !
Et cependant certain.
SIG0RD
Quelle horrible vérité !.... J'en frémis. 0 dieux ! l'amante d'Yngvé promise à son ennemi !
ODIN
* Vois la profondeur des complots d'Asmun ; c'est avec la main de Thilda qu'il achète sa vengeance.
SIGURD
Quelle bassesse! quel crime !.... Et Thilda?
ODIN
Soit faiblesse ou dépit, elle consent à cet hymen. A la honte de la sagesse humaine, sur quels fragiles fondemens reposent souvent la stabilité d'un trône , et le tfcattn d'un pays !
SIGURD
Nul, saps doute, ne t'égale en prudence ; mais à quelles mains as-tu confié le commandement de l'armée ?
ODIN
Sigurd, rends-moi justice. Ai-je créé un empire ; ai-je porté un sceptre paisible pendant dix-sept ans; ai-je fait de demi-brutes , de guerriers autrefois sauvages , un peuple civilisé , sans apprendre à connaître ceux que j'ai gouvernés ? Si Asmun ose
vouloir abuser de ma confiance , jamais l'armée ni le peuple ne souffriront qu'il fasse un emploi perfide du pouvoir dont je l'ai revêtu. N'as-tu pas entendu toi-même les murmures séditieux d'un peuple mécontent de l'absence d'Yngvé ? Qui est-ce qui les a excités ces cris , ces murmures ? N'est-ce point la haine d'Asmun ? Eh bien ! le commandement remis entre ses mains a laissé sa plainte et son parti sans voix ; il a été confondu.
SIGURD
J'admire , comme je le dois, ta sagesse ; mais cette voix prophétique , qui semblait être l'organe des dieux , qui a promis à l'armée le retour d'Yngvé ; crois-tu qu'elle ait frappé vainement leur oreille ? Ne diront-ils pas bientôt : Voilà , voilà le moment du danger.
ODIN
Es-tu monté au point du jour sur le rocher ? astu regardé la mer ?
SIGURD
J'en viens.
ODIN
Le vaisseau que tu vis hier , dis-moi , l'as-tu aperçu de nouveau ?
SIGURD
Il se dirige vers nous , et semble s'approcher.
ODIN
Et l'arc doré, es-tu sûr de l'avoir vu ?
SIGURD
Je l'ai très-bien distingué, ainsi qu'un pavillon de couleurs croisées, qui flottait au haut du mât.