‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 215 sur 310 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

la grâce; je ne veux point ravir à ton vertueux père le soutien de sa vieillesse. La seule preuve de ma reconnaissance que je puisse lui donner est de lui rendre un fils. Tu as vu la Suède me remettre aujourd'hui le sceptre et tu veux que je le souille aussitôt du sang d'un sujet, et que ma jeune main apprenne à manier le glaive des lois avant de s'être servie de

cette épée... Tes yeux se remplissent de larmes

Pourquoi étouffer le sentiment qui te les fait répandre?... qui peut nous désunir? ton crime est l'ouvrage d'un autre, ton repentir t'appartient. Sverker a employé la ruse pour te forcer à déclarer ton amour, et ne m'a-t-il point séduit aussi puisque je t'ai regardé comme un ennemi ? je t'ai adressé des paroles offensantes, je m'en souviens; je t'ai pardonné , tu peux me pardonner aussi.

SUNE JARL, se jeUnt aux pieds du roi.

Prince! je meurs content, tu m'as rendu l'honneur.

ÉRIC

Lève-toi ; jç. t'ai fait grâce.

SUNE JARL

Non , je ne me pardonnerai jamais mon aveugle courroux... Que je subisse mon arrêt, que la mort mette un terme auxtourmens que j'endure.

ÉRIC

Qui peut en ce moment te faire rejeter la vie que je t'accorde? est-ce un rival que tu hais dans Eric? crois-tu qu'il emploîra la violence pour obtenir une main qu'on lui refuse? Hélène a prouvé que l'amour est un crime pour nous; il n'éteindra jamais la haine

298 SUNEJARL,

qui divise nos maisons. Livre-toi à un heureux espoir, et sois mon ami.

3UNE JàRL

Ton ami et le gendre de Sverker!.. Qui des deux me faudra-t-il trahir ? Que n'ai-je point fait pour rompre les liens qui m'attachent à Sverker? l'amour que j'ai juré à sa fille, et mon cœur,., j'ai tout mis aux pieds d'Éric , mais en vain... J'ai cherché les combats pour fuir Hélène , et je l'y ai retrouvée; j'ai fait de nouveaux efforts pour briser mes chaînes, j'ai parlé pour toi... Mais peut-il m'être permis de vanter ma fidélité quand je n'ai pas su cacher mon aiyour, et quand j'ai consommé mon crime? Mets mn terme à mon supplice. .. La grâce que tu m'accordes est un châtiment, si je ne puis plus te servir. Si mon père t'est cher, ce père dont je fais la honte et le désespoir , prends pitié de son fils ; permets-lui de mourir. Tu m'as rendu ton amitié : que peux-tu faire de plus? laisse-moi l'emporter dans la tombe. Veux-tu m'exposer à la perdre de nouveau? A quoi sert une vie souillée de crimes? mon cœur, enchaîné par des liens divers 1 ne veut en rompre aucun ; il adore Hélène, et veut te voir régner ; il t aime et hait un tyran , mais ne peut se résoudre à contribuer à sa ruine : arrache-moi une odieuse vie. Tu dois maintenir avec sévérité les droits de ta couronne; immole à cet intérêt un malheureux qui ne peut plus répandre que sur 1 echafaud son sang pour ton service.

ÉHIC.

Je t'ai accordé la vie; ton sort est changé. Ne

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