ACTE I, SCÈNE XII
SVINDLER.
Où demeure madame Stricker?
Dans la grande rue; et vis-à-vis d'elle loge le Bourgmestre , l'un des plus riches habitans de la ville.
SVINDLER.
Que dis-tu ? le bourgmestre loge en face de madame Stricker ?
LOEPELD.
Oui.
SVINDLER.
Sa porte est vis-à-vis de celle de cette dame ? Les fenêtres sont en face l'une de l'autre ?
LOEPELD.
Précisément.
SVINDLER.
Admirable ! divin ! Tu es le plus heureux messager de l'univers. Tiens , mon garçon ( II lui dorme un billet. ) voilà pour la nouvelle que tu m'as apportée de la proximité des maisons du bourgmestre et de madame Stricker.
LOEPELD, regardant le billet.
Mes yeux ne me trompent-ils point?... Non... c'est bien cela... Gomment diable cette hirondelle est-elle venue nous visiter au milieu de l'hiver?
SVINDLER.
Elle n'est pas seule, mon ami. J'en ai découvert tout un nid... Vois-tu? ( Lui montrant ses billets. )
Ce dix est le père, le cinq la mère, et voici des petits plus ou moins grands.
LOEPELD.
Je n'y comprends rien. Vous êtes passé maître, monsieur. J'ai cru cependant avoir fait un chefd'œuvre en payant le postillon tout à l'heure.
SVINDLER.
Ce pauvre homme me fait de la peine ; il ne doit rien perdre. As-tu inscrit son nom ?
LOEPELD.
Il figure parmi les douze mille autres.
SVINDLER.
Mais es-tu bien sûr que le bourgmestre demeure vis-à-vis de madame Stricker ?
LOEPELD.
Oui , monsieur ; en quoi cela peut-il faire votre bonheur ?
' SVINDLER.
Elle verra mes coffres.
LOEPELD.
Comment ?
SVINDLER.
Mes coffres vont être transportés chez le bourgmestre et mis sous sa protection dans un instant. Au bruit qu'on fera elle se mettra à la fenêtre, et, sa curiosité excitée , elle fera un signe au bourgmestre ; il viendra et lui racontera toute l'affaire.
LOEPELD.
Quelle affaire ? Je ne la connais point.