ACTE II, SCÈNE VIII
M—. STRICKER.
Il me semble que les oreilles, surtout, sont d'une ressemblance frappante.
MARIE
Oh ! oui. En y regardant attentivement , monsieur lui ressemble en tout.
SVINDLER.
Je suis par trop heureux.
MARIE
Ah ! ne dites pas cela. Un jeune homme riche et de votre rang ne peut considérer comme un bonheur d'être aimé d'une veuve de petite ville.
SVINDLER.
Pardonnez-moi, madame, je sais apprécier le bonheur de vous plaire; je m'estimerais encore plus heureui, si mon mérite, et non une ressemblance due au hasard, vous avait plu en moi.
MARIE
Ce pauvre époux est sûrement près de Dieu. Il a toujours été si bon envers moi , et envers tout le monde ! Aussi, lorsqu'il mourut, je fis le serment de ne point me remarier, à moins de trouver quelqu'un qui lui ressemblât parfaitement; il n'y a peint de différence entre vous et son portrait suspendu dans ma chambrer à coucher.
M—. STRICKER, bai à SvindWr.
Allons, vite, la déclaration.
SVINDLER.
Madame... vous mettez mon cœur dans une situation que je ne puis décrire.
MARIE
Dites toujours , j'aime tant les descriptions.
SVINDLER.
Mes sentimens... partagés entre la crainte et l'espérance... Une déclaration trop franche pourrait vous irriter...
MARIE
Oh! non , je ne me fâcherai jamais contre une personne qui ressemble tant à feu mon époux.
SVINDLER.
Vos richesses , madame. . . .
MARIE
Je ne suis pas riche.
SVINDLER , atec TÏYacittf. «
Comment diable ! tous n'êtes pas riche?
M A R IE , avertie par un signe de madame Stricker.
Âh ! oui , c'est vrai.... j'ai de la fortune ; mais elle n'appartiendra jamais qu'à celui à qui je donnerai mon cœur et ma main , et personne ne l'aura s'il ne ressemble au défunt.
SVINDLER.
Cette grande fortune , madame , me défend d'espérer.... car je n'ai rien.
MARIE
N'importe ; le point principal c'est cette ressemblance.