‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 264 sur 310 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

La chambre de l'auberge.

SVINDLER, LOEPELD.

SVINDLER.

C'est ainsi, cher Loepeld, que tourne la roue de la fortune ; il y a peu d'heures que tu as attrapé un paysan , et moi , un bourgmestre ; nous nous sommes faits fripons pour quelques malheureux riksdalers ; maintenant j'en ai deux mille dans ce portefeuille, et soixante-dix mille ce soir, si je veux; mais aussi je serai l'e'poux d'une folle , d'une femme insupportable. Ah, Caroline !

LOEPELD.

Je vous l'avais bien dit, monsieur, que mademoiselle Caroline était dans cette maison.

SVINDLER.

Oui , elle y était pour mon malheur ; si je n'avais pas revu cette fille adorable, il m'en aurait moins coûté pour donner ma main à madame Stricker ; car^ que ne fait-on pas dans ma position pour soixantedix mille riksdalers? mais à présent que j'ai re-

trouvé Caroline , toujours aussi belle , aussi tendre, aussi fidèle, mon amour presqu'éteint s'est rallumé avec une nouvelle ardeur ; je vois toute la grandeur de ma perte. Ah ! si ces deux mille riksdalers étaient à moi , j'offrirais à Caroline de partager mon sort ; elle n'hésiterait point , je connais son cœur. Retirés dans un coin de la terre , sans pauvreté comme sans richesses, nous passerions ensemble des jours ignorés et heureux. Ah! que ne suis-je possesseur de cette somme !

LOEPELD.

Que vous êtes singulier , monsieur ! vous tenez ces deux mille riksdalers, et dites qu'ils ne sont pas à vous?

SVINDLER.

Non, depuis que j'ai revu Caroline, la vertu, la probité , se sont réveillées dans mon cœur. Nulle penséç criminelle , nul sentiment coupable ne doit plus le souiller. Cet argent est à moi, mais à une condition ,... tu m'entends.

LOEPELD.

Oh ! oui , monsieur ; je connais aussi la différence qui existe entre la vertu et le crime ,• et, croyez-moi, chacune de nos fourberies a autant coûté à mon cœur qu'au vôtre. Je suis fatigué comme vous d'un métier pour lequel nous n'étions pas nés ; mais que ne peut l'attachement d'un fidèle serviteur pour un bon maître ? il n'est pas facile de voir souffrir ceux qu'on aime; un cœur trop sensible peut rendre fripon.

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