SCÈNE IL Les précédens, M". JERNBERG
Mmt. JERNBERG.
Oui , oui , j'en étais sûre qu'on trouverait mademoiselle ici, avec le cornette qui la suit comme son ombre : mais je ne m'attendais point à voir monsieur dans une attitude aussi impie.
LE CORNETTE
Ah! madame, pardonnez le transport...
M"6. JERNBERG.
Oh ! vous devez avoir le transport au cerveau. Se mettre à genoux devant une femme !.... Vous ne croyez donc pas en Dieu, monsieur?
LE CORNETTE
Dans ce moment, madame, je n'ai songé qu'à sa beauté, qu'à votre indulgence. J'aime mademoiselle votre fille , et lui demande sa main en votre présence.
M"6. JERNBERG.
Ma fille est comme elle est; j'étais pour le moins aussi jolie à son âge, et personne ne s'est mis à genoux devant moi; mais c'était un autre temps; l'ef-
fronterie n'était pas aussi commune qu'à présent. Savez-vous comment on faisait alors sa cour à une demoiselle? On allait d'abord trouver sa mère; on lui donnait à entendre qu'on avait, en tout bien tout honneur, des vues sur sa fille; et lorsqu'elle les approuvait, on parlait à la jeune personne: celleci se trouvait presque mal , pleurait , sanglotait, disait qu'elle ne voulait pas se marier, et tenait mille discours de ce genre; cela durait jusqu'au moment où elle était conduite à l'autel. Les demoiselles ne causaient point tête à tête avec les jeunes gens> et, s'il y en avait d'assez téméraires pour s'agenouiller devant elles , on les traitait de manière k ne leur faire jamais oublier une telle inconvenance. Mais aujourd'hui ! . . . Quant à votre demande, je vous remercie de l'honneur que vous nous faites, nous y réfléchirons; Rome n'a pas été bâtie en un jour.
CHARLOTTE
Prendra-t-on le thé ici ?
M"\ JERNBERG.
Ne vous en embarrassez point, mademoiselle; le thé sera pris où l'on doit le prendre. J'ai bien vu vos mines et celles du cornette pendant qu'on était à table; je ne suis point aveugle, moi. Mais cela n'ira pas comme vous le pensez ; je comprends vos desseins. On demande d'abord le consentement de la fille, on lui tourne la tête par des contes d'amour, et on finit par l'abandonner. Non , non, cela n'ira pas ainsi , aussi vrai que je m'appelle Barbe.