ACTE II, SCÈNE V
ALBINE
Oui;... car je... je vous aime. *
LE BARON, avec tfmotion.
Adorable Albine!... tous m'aimez malgré ma cruelle infirmité !
ALBINE
Oui.
LE BARON
Et vous m'accorderiez votre main si cela dépendait devons?
ALBINE
Oui.
LE BARON
Et vous soigneriez votre mari aveugle ?
ALBINE
Oh ! si je vous soignerais ! vous marcheriez près de votre Albine; sa main fidèle vous guiderait; jamais , tant qu'elle pourrait vous suivre , vous me feriez de chutes fâcheuses.
LE BARON
Quel malheur, de ne point voir Fange dont les paroles sont si douces! Mais si je recouvrais la vue, m'aimeriez-vous autant? La pitié cesserait, elle est peut-être la principale cause de votre tendresse* " *
ALBINE
La satisfaction prendrait sa place, mais mon cœur ne changerait point.
LE BARON
Si le jour se montrait peu à peu à mes yeux , et
que, par exemple, je pusse distinguer votre robe ■■ blanche ?
ALBINE
0 ciel ! tous m'effrayez; ma robe est blanche effectivement.
LE BARON, souriant.
Vous voyez qu'un aveugle peut deviner juste ; et si je vous disais que je vois vos beaux cheveux noirs, vos jolies mains, l'éclat de votre teint?
ALBINE
Oh î vous êtes encore aveugle.
LE BARON
Et si enfin la vue me revenait si parfaitement que je pusse admirer jusqu'à vos moindres charmes, et voir le joli petit signe qui embellit votre paupière?
(Il la touche. ) ALBINE, te tarant effrayée.
Baron Hjelmskoeld!... Au nom de Dieu!... je suis tremblante... vous êtes si changé î... Tirez-moi d'incertitude. Voyez-vous? est-ce un songe?
LE BARON, se levant précipitamment, et passant son bras autour d'elle»
Oui, adorable Albine, je vois, et depuis longtemps aucune de vos perfections ne m'a échappe'. Je ne suis point aveugle , et ne l'ai jamais été. Le ■ désir de connaître votre cœur m'a engagé à jouer ce rôle. Chère et généreuse Albine! vous avez aimé l'aveugle Hjelmskoeld, aimez -le encore maintenant qu'il ne l'est plus.
ALBINE
Vous avez pu vous jouer ainsi de moi et de nous