ACTE II, SCÈNE VI
ASMUN.
Lorsqu'en un moment tout a changé. Ma fille, c'est maintenant qu'il faut rappeler toutes les forces de ton âme pour supporter plus que tes peines, pour supporter ton bonheur. Ayant que le soleil termine son cours, Thilda pressera contre son cœur l'époux qui lui fut enlevé. Odin te rend un amant qui n'a cessé de t'adorer ; encore un instant et tu reverras Yngvé.
THILDA , «prêt un moment de lilence, et d'une voix affaiblie.
Mon cœur se sentait déjà pénétré par le froid de la mort; comment un espoir trompeur peut-il ainsi me rappeler du repos certain de la tombe , à une lumière détestée? de la douleur à la vie que je sens déjà revenir?
ASMUN.
Je te rappelle aux charmes de la vie, à l'objet de ton amour, à un bonheur que tu n'osais espérer. Ma fille , il est temps de croire ton heureux père ; sa joie doit t'assurer qu'il ne te trompe point. Non , l'ambition ne règne plus dans le cœur aOdin ; son fils deviendra le mien; taris le cours de tes pleurs; respire pour l'amant qui te coûtait la vie.
THILDA.
Dieux ! quelle lueur d'espérance jetez-vous dans mon cœur ? Mais cet amant , ce fils , où. est-il ?
ASMUN.
Calme-toi , il n'est pas loin.
THILDA.
Pourquoi ne paraît-il donc pas à mes tristes re-
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gards ? Àh ! Yngvé ! tu es en ces lieux , et tu me fuis , tu m'oublies , et ne viens pas adoucir mes derniers momens !
Ce n'est qu'en cet instant qu'il eatre dans le port. Le soleil d'hier a tu son pavillon , et déjà nos bords saluent son navire. D'après les ordres de son père , Yngvé a quitté l'Egypte , afin d'armer pour la défense de son peuple , de son amante , un bras dont le trône et l'armée ne peuvent plus se passer. Le fier Odin n'a pu supporter, sans la plus vive indignation , la perfidie de Pompée , ses prétentions à ta main , et la honte du choix qu'il lui offrait entre la soumission ou la guerre , la protection de Rome ou des chaînes. Pour venger à la fois un père, un époux offensé , et l'honneur d'un peuple qui s'est soumis à sa race, Odin a pressé le retour d' Yngvé, et lui a promis l'amour de Thilda pour récompense de sa valeur. Mais de quels cris de joie n'entendons-nous pas retentir notre plage ! Il vient ; déjà son pavillon flotte dans le port ; la main delà victoire vous unira bientôt. Pour te consoler d'une vengeance , désormais inutile , jouis de tout l'amour de l'amant que le ciel te renvoie.
THILDA.
Justes enfin , ô dieux que j'adore ! vous égalez mon bonheur à mon infortune ; vous me rendez tout ce que j'ai perdu , et au delà. Je reverrai dans mon amant un héros à qui vous confiez mon sort et celui de ma patrie : un moment me fait oublier trois années de malheurs ; il vient pour délivrer son