‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 56 sur 310 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

les jeux de la mollesse; elles la retrouvent dans l'accomplissement de leurs devoirs, et dans la prospérité des peuples qu'elles ont à gouverner.

YNGVÉ.

Que m'importent , et ce peuple et la gloire d'un sceptre qui sans cesse assailli d orages , même dans des mains puissantes , peut à peine les conjurer? Malheur à l'esclave déguisé sous le titre pompeux de monarque qui , victime de sa naissance , n'existe que pour être le jouet du peuple ! Toi-même, prince abusé , toi-même , serais-tu écouté ? Quelle reconnaissance te montre ce peuple que tu as conduit ? et quel fruit recueilleras-tu de dix-sept années de travaux et de sacrifices ?

ODIN

Un sage peut choisir entre le repos et le danger ; mais Odin doit penser et mourir roi.

YNGVÉ.

Ton fils suivra ton exemple ; il te donne son sang , il te donne sa vie : heureux de la terminer ! L'être offensé doit mourir j sa dernière vertu est le courage , sa dernière consolation la vengeance , et Yngvé en jouira. Je pourrais imputer mon malheur à un père dont la fierté sans bornes et l'inflexibilité ont , par le même arrêt , exilé son fils du pays de ses aïeux et du cœur de son amante ; mais le germe du crime était déjà dans l'âme de cette perfide, qui plus tôt ou plus tard m'aurait trompé; ma vengeance a choisi sa victime ; la vie d'Asmun expiera les larmes que l'infidélité de sa fille a fait répandre à un Scythe.

68 ODIN

ODIN

Sa trahison est grande, je n'excuse point son forfait.

YNGVÉ.

Sa fille , sa coupable fille l'a surpasse. 0 toi qui feras toujours mon malheur ou ma félicité, idole de mon cœur ! tu n'étais donc qu'une femme? tu n'as donc pas plus échappé que le reste de ton sexe à l'influence de l'absence? et la perfidie a trouvé le chemin du cœur de Thilda! De quelle ravissante tendresse elle m'enivra ! et elle est infidèle! Peuton être à la fois si belle et si méprisable!

ODIN

Elle t'a cependant aimé.

YNGVÉ.

Je l'ai cru. Son amour fut le soleil qui vivifia le printemps de ma vie. Elle avait tellement subjugué mon âme , qu'il n'est aucune gloire , aucune vertu auxquelles je n'eusse atteint pour lui plaire ; elle aurait rendu mon nom illustre. 0 temps heureux de l'illusion ! ô mes premières années !

ODIN

Une route encore t'est ouverte pour acquérir de la gloire. Pompée t'attend, et la victoire a suspendu sa couronne de lauriers ; mérite-la , mon fils ; tu as un bras , une lance , un cœur fait pour la vengeance, et le droit de la demander. La main accordée à Pompée peut encore lui être disputée : ton courage peut encore te rendre une amante, et le père de Thilda peut devenir le tien.

Page 1