ACTE IV, SCÈNE II
au feu étincelant de ses regards, au désespoir peint sur son visage, j'ai reconnu dans cet infortuné ton prince, ton amant, et je suis tombé sur la terre comme frappé de la foudre.
THILDA.
Yngvé ! c'était lui ? 0 dieux ! ô Providence !
ASMUN. '•
Quel autre qu'un dieu protecteur du royaume d'Odin , qu'une puissance surnaturelle lw a renvoyé son fils au moment où la guerre éclatait? J'ai connu alors avec effroi l'homme que j'avais trahi ; mais il n'y avait plus de remède à 1 enormité de mon crime ; le nom de Yngvé a volé rapidement dans tous les rangs ;.Odin le confirmait du geste et de la voix, « Venez, s'écriait-t-il, venez, peuple vaillant , suivez votre roi , reconnaissez Yngvé , reconnaissez mon fils j arrêtez , et la victoire est certaine. Vous voyez ici , guerriers , ce chef que le ciel vous avait promis ; il n'aura pas fait un miracle inutile. » En vain la voix d'Odin , eu vain l'épée d'Yngvé , en vain moi-même, enfin , qui seul aurais dû être sacrifié , je m'unis à eux pour rallier les fugitifs ; la terreur s'était répandue sur toute l'armée. Là une troupe était renversée , ici un rang anéanti ; et le Scythe rempli de courage pour se défendre jusqu'au dernier moment, mais surpris et impuissant dans sa haine , voit, couvert de blessures, sa lame se briser contre la cotte de mailles des Romains , et meurt victime de sa valeur , sans avoir été vengé.
TliILD A , l'interrompant avec consternation et impatience .
Mais Yngvé?
96 ODIN
ÀSMUN.
Séparé des siens dont la lenteur l'indigne , son courage , augmenté par le danger, le conduit au fort de la mêlée , où , semblable à un lion irrité , il rompt toutes les barrières qu'on lui oppose ; de tous les Romains qu'il rencontre il fait autant de victimes ; il avance , abat , écrase , anéantit tout , au grand étonnement des Romains. Malheur à celui qui l'approche ! Plus il ose, plus il devient terrible ; le désespoir conduit son bras ; il ne cherche que la mort , et ne trouve que la victoire ; tout tombe sous ses coups. Refroidi par les ans et la terreur, je veux en vain l'imiter ; mon seul espoir est de mourir à ses côtés , et de réparer ma faute au prix de mon sang ; maïs je ne me traînais sur ses pas qu'avec peine , tandis que, semblable à l'éclair dans une nuit sombre, l'œil pouvait à peine le suivre dans sa course.
T H I L D A. , avec plus de calme , et a? ec une sorte d'abandon.
Eh bien?
A.SMUN.
Il avançait toujours avec la même audace , et s'est enfin trouvé seul au milieu de l'armée ennemie. Plus le danger devenait pressant, et plus son courage augmentait ; mais , ô malheur ! son épée s'est rompue , et la victoire l'a abandonné. Ce bras qui semblait braver les Romains et la mort est maintenant chargé de chaînes teintes de son sang. Tout est perdu , le trépas seul nous reste.
THILOA
Tu tiens encore ton glaive, il ne faut qu'un coup;