‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 83 sur 310 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

THILDA , HILDUR , YNGVÉ , Garde romaine.

Y.NGVÉ , dans le fond, aux gardes.

Bourreaux ! où me conduisez-vous? est-ce à la mort? Pourquoi votre main trémble-t-elle ? je suis sans armes et dans les fers. (Apercevant Thilda. ) Que vois-je !... Quel spectacle pour mes derniers momens ! ( Aux soldais. ) Par humanité , par grâce , barbares , arrachez-moi le jour ! (Ils se retirent.) Mais pour un malheureux qui désire la mort , Rome est sans glaive, et le ciel sans tonnerre. (Il s'avance vers Thilda et parle d'une voix émue. ) Je ne croyais trouver que la mort en ces lieux... et ne m'attendais pas à une nouvelle cruauté ; mais la vie a encore une douleur à me faire sentir ! Que veux-tu ?

Théâtre Suédois, J

98 ODIN

Viens-tu recevoir ici le prix de tes crimes , et voir

couler un sang que tu as trahi ?

THILD A, avec larmes.

Me crois-tu capable d'une telle perfidie? Crois-tu que celle qui te fut promise puisse commettre un tel forfait ?

YNGVÊ.

Serais-je dans les fers s'il n'en était pas ainsi? La perte d'un trône , d'un père , d'un peuple , mon propre danger ; ne puis-je pas les reprocher à Thilda ? Va, cœur perfide ! va.,., épargne tes pleurs ! N'insulte point à mon malheur par une fausse pitié , et ne pense pas , doublement perfide , à défendre ton infidélité par ce soupir hypocrite dérobé à mon rival. 0 toi , qui fus tout pour moi ! que je devrais haïr, que je ne puis oublier! toi, dont les charmes firent naître le sentiment qui me tue aujourd'hui; c'est donc ainsi que tu faisais le bonheur d'un cœur qui s'était donné sans feinte et tout entier? Tu sais ce que mon amour pour toi me fit entreprendre ; la gloire que j'acquis jeune encore, dans les fatigues des camps ; les triomphes que je cherchai dans des exploits nouveaux; le nom hérité de mes aïeux que j'ai rendu plus grand peut-être ; tout fut l'ouvrage de l'amour ; je fis tout pour toi ; en prenant lés armes , mon ambition jura d'être digne de la récompense qu'elle osait se promettre. Tu vois , perfide , le prix que j'ai obtenu ; mais la vengeance ne sommeille point ; elle viendra , entends sa voix ; sens la flamme de ce soupir qu'elle exhale sur ta tête , sens le poignard qu'elle enfonce dans ton cœur.

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