‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 84 sur 310 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

THILDA.

J'écoute , comme je le dois, les transports de ta douleur , et rassemble les dernières forces de mon âme pour éclairer ton cœur , et lui rendre le repos : un mot suffira ; nous n'avons qu'un instant. Connais , Yngvé , connais ton épouse ; elle ne t'a point trahi , elle est encore à toi ; elle t'aime encore , malgré ton injustice, avec autant de tendresse qu'au moment où elle jura de t'adore r ; et même sur ton tombeau , elle serait encore fidèle à ta mémoire. Tu ne serais point dans les fers si elle ne t'eût point aimé ; ce n'est pas la perfidie, mais la vengeance qui l'a guidée. Pardonne à ma gloire qui fut blessée ; pardonne à mon . cœur opprimé par ton père. Victime obéissante au premier signal du tyran qui se joue de sa vie, l'esclave tremblant présente sa tête au fer des bourreaux ; le lâche endure et meurt sans résistance ; le cœur libre se venge ; la terre a besoin du courage de l'opprimé. La douleur m'a rendue cruelle; j'ai senti mon injure; mon âme fut désespérée , mais non infidèle ; juge par #ma vengeance de mon amour , et vois-en la plus forte preuve dans mes forfaits. Ce ne sont pas ces crimes que je viens défendre ; je dois être un objet d'horreur pour toi ; considère avec effroi la main qui a réduit ton trône en poussière ; ôte-moi le nom si cher de ton épouse ; mais rends justice à ma fidélité , et ne ternis point mon honneur ; ne pense pas qu'Yngvé ait un rival sur la terre. Àh ! si on me laissait le choix des tourmens , je préférerais à l'autel où l'on doit me conduire les chaînes que tu portes, la mort qui t'attend....

ioo ODIN,

YNGVÉ.

Arrête , cruelle ! n'achève pas ; je t'ai comprise : arrête ! Ne tourne point le poignard dans une plaie déjà assez profonde ! Il est donc vrai , ô honte ! ô douleur ! U est donc vrai que Pompée a reçu ta promesse ! Mon ennemi abuse donc ainsi de sa victoire ! et toi, d'un cœur tranquille, tu te rends complice de son forfait ! Et c'est là le message que tu t'es chargée de m'apporter ! ce sont là les consolations que tu as à me donner , et les preuves de ta fidélité ! Tu vas à l'autel lorsque le tombeau s'ouvre pour moi !

TH1LDA.

Je té prouverai bientôt quel est le cœur que tir déchires ; si l'âme de Thilda connaît ses devoirs > si elle a oublié sa gloire , et si elle mérite les reproches dont tu l'accables. Ce ne sont point ses larmes qui couleront sur ta cendre, ce sont les tiennes qui dans peu se mêleront à son sang ; tes chaînes tomberont : ne m'en demande pas davantage.

YNGVÉ.

Où tend ce discours ? Quel est ton dessein ? Frémis d'abandonner mon faible cœur à son désespoir. Quel sang !.... inhumaine!.... Au nom des dieux vengeurs , songe à ce que tu vas faire. Éclaire-moi , et dissipe mes soupçons ; quel est ton projet ?

THILDA.

De te sauver et de mourir. Épargne-moi la douleur de te dire par quel sacrifice j'achèterai tes

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