‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 91 sur 310 · ACTE V, SCÊFE XL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÊFE XL

ODIN

Rends justice à ce héros, et connais combien la haine qui t'a entraîné était criminelle. Dans le même instant qui a vu couler le sang de ta fille, il rendait avec une générosité encore inconnue parmi nous , à Yngvé la main de Thilda, à Odin sa couronne.

ASlfUN.

Qu'ai-je entendu!.. Sa vertu a ainsi réparé nos malheurs! 0 Thilda! et ton regard est déjà éteint !.. Dieux!... punissez mes crimes.... ou que mon sang vous apaise.... {Il se frappe. — A Odin en tombante) Sois content... tu règnes. .. tu es vengé...

POMPÉE

Je suis muet de terreur , et comme frappé de la foudre. Quel spectacle !

ODIN

Qu'as-tu fait , malheureux ami ? J'avais oublié ton erreur , et tu m'étais cher encore.

ASM UN, mourant.

Les dieux ont réglé mes destins en frémissant du coup qui devait abréger mes jours. Un «ujet infidèle ne fut jamais un père heureux : j'ai trahi mon roi , j'ai mérité la mort.

ODIN

Ses yeux sont fermés à la lumière. Il meurt , il n'est plus ! Contemple , Rome , les fruits de tes séductions , les premières victimes immolées au fond de ces déserts à ta .soif insatiable de con-

no ODIN, ACTE V, SCÈNE XI.

quêtes , et enorgueillis-toi d'une gloire si chere^ ment achetée au prix du sang des nations. Pompée, tu m'as rendu le trône ; j'éprouve jusqu'où peut aller ta magnanimité , et je l'admire ; mais le même jour m'a fait voir un ami séduit par toi , un fils condamné à la mort , la gloire de mon sceptre flétrie , moi-même couvert d'un opprobre qui rendait mes chaînes plus pesantes , et le sang de tes deux victimes. J ai reconnu Rome. ... et j'ai frémi : ces états déjà si profondément ébranlés, cette puissance que tu m'as rendue ", Je te les abandonne. Il n'y a point ici de ces remparts impuissans pour la défense d'un peuple faible, et qui ne servent qu'à l'enchaîner; point de ces forteresses où l'esclave pleure et finit ses jours; point de monumens magnifiques qui s'élèvent jusqu'aux cieux. Tu ne vois qu'une nation guerrière qui porte de pays en pays ses autels , son trône et ses tentes. Je vais chercher une contrée où ton nom, Rome et tes légions soient encore inconnus , où le sceptre ne soit point arraché , où il ne soit point arrosé des larmes d'un fils , du sang d'un ami , et où du fond de ma tombe je puisse enfia voir arriver le jour de la vengeance , et lancer les foudres de la guerre contre les Romains.

(Il sort.) POMPÉE, sortant de sa rêverie.

Elle n'est plus!.... Disparaissez , trompeuse espérance du bonheur ! (A Milon.) Viens, abandonnons ces lieux qui nous maudissent avec justice,; précipitons-nous dans de nouveaux dangers , et prions les dieux de nous accorder le pouvoir d'oublier.

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